L’horizon de circulation

Comment les médiateurs transforment le parcours des œuvres, des idées et des connaissances

Sphères en perspective illustrant l'horizon de circulation des œuvres, des idées et des connaissances à travers les médiateurs de chaque époque.

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The Horizon of Circulation

Cet article est né de mes observations du Web depuis le milieu des années 1990. Voici ce que j’ai observé. Regardons cela ensemble.

Vous vous connectez à Internet. Vous effectuez une recherche. Quelques secondes plus tard, vous découvrez un texte écrit par une personne vivant à l’autre bout du monde. Il est rédigé dans une langue que vous ne comprenez pas. Une intelligence artificielle vous en propose une traduction instantanée. Vous le lisez immédiatement.

Cette scène est devenue si banale qu’elle paraît aujourd’hui naturelle. Pourtant, une telle rencontre avec la culture aurait été difficile, voire impossible, pour la plupart des êtres humains il y a seulement quelques décennies.

Une question s’impose alors : qu’est-ce qui a rendu cette rencontre possible ?

La réponse la plus évidente est Internet, les moteurs de recherche, les plateformes numériques ou, plus récemment, les intelligences artificielles. Ces technologies jouent un rôle essentiel. Chaque jour, elles rendent accessibles des milliards de publications à des millions de personnes partout dans le monde.

Mais, en observant cette évolution plus attentivement, une autre réalité apparaît.

Les moteurs de recherche, les plateformes numériques et les intelligences artificielles ne sont peut-être que les plus récents représentants d’une histoire beaucoup plus ancienne : celle des médiateurs.

Depuis toujours, les œuvres, les idées et les connaissances circulent grâce à des intermédiaires qui les transmettent, les conservent, les organisent ou les rendent accessibles. Selon les époques, ces médiateurs ont pris des formes très diverses : conteurs, scribes, copistes, imprimeurs, libraires, bibliothécaires, enseignants, critiques, journalistes, éditeurs, moteurs de recherche, plateformes numériques ou intelligences artificielles.

Les technologies changent. Les médiateurs évoluent. Pourtant, le besoin humain demeure le même : transmettre des œuvres, des idées et des connaissances à d’autres personnes.

Cette réflexion est née progressivement de mes observations du Web depuis le milieu des années 1990 et de plus de vingt ans de publication sur Internet. J’y publie des œuvres, des textes, des poèmes et des réflexions. Au fil des années, j’ai vu apparaître les moteurs de recherche, les réseaux sociaux, les plateformes numériques, puis les intelligences artificielles génératives. Chacune de ces transformations a modifié la manière dont les publications pouvaient être découvertes et circuler.

Peu à peu, une question s’est imposée.

Pourquoi certaines publications semblent-elles pouvoir parcourir le monde alors que d’autres demeurent presque invisibles, même lorsqu’elles présentent un intérêt comparable ?

Les notions de visibilité, de découvrabilité, de diffusion et de transmission permettent d’éclairer une partie de cette réalité. Plus récemment, le marketing numérique a popularisé la notion de portée (reach), qui mesure le nombre de personnes qu’une publication peut rejoindre dans un contexte donné.

Ces notions sont indispensables. Pourtant, au fil de mes observations, j’avais l’impression qu’elles ne décrivaient qu’une partie du phénomène.

Elles expliquent comment une publication devient visible, peut être trouvée ou peut rejoindre un certain nombre de personnes. En revanche, elles rendent moins bien compte d’une autre dimension : l’évolution du parcours potentiellement offert à une œuvre, à une idée ou à une connaissance selon les médiateurs disponibles à une époque donnée. C’est pourtant cette évolution qui rend possibles de nouvelles rencontres entre les publications et les êtres humains.

C’est cette observation qui m’a progressivement conduit à proposer une autre manière de regarder la circulation des publications.

J’appelle horizon de circulation l’étendue potentielle du parcours d’une œuvre, d’une idée ou d’une connaissance, telle qu’elle est rendue possible par les médiateurs d’une époque.

Les médiateurs transforment l’horizon de circulation

Si l’on regarde l’histoire de la transmission culturelle sous cet angle, une idée apparaît progressivement.

Chaque époque voit apparaître de nouveaux médiateurs qui transforment les possibilités de circulation des œuvres, des idées et des connaissances.

Pendant des millénaires, l’oralité constitue le principal moyen de transmission. Les récits, les chants, les connaissances et les traditions circulent grâce à la mémoire des individus et des communautés. L’horizon de circulation demeure alors relativement limité. Une œuvre peut traverser plusieurs générations, mais son parcours dépend entièrement des personnes qui la mémorisent et la transmettent.

L’apparition de l’écriture transforme profondément cette situation. Les idées ne dépendent plus uniquement de la mémoire humaine. Elles peuvent être inscrites sur un support, conservées et copiées. Les manuscrits permettent alors à certaines œuvres de survivre bien au-delà de leurs auteurs, même si leur diffusion demeure limitée par la lenteur du travail des copistes et par le faible nombre d’exemplaires disponibles.

L’imprimerie marque une nouvelle étape. Produire plusieurs centaines, puis plusieurs milliers d’exemplaires d’un même livre devient possible. Les libraires, les éditeurs et les bibliothèques contribuent à leur tour à élargir les possibilités de circulation. Les œuvres rejoignent désormais un public beaucoup plus vaste.

Au cours des siècles suivants, d’autres médiateurs s’ajoutent : les écoles, les universités, les critiques, les journaux, la radio, la télévision et de nombreuses institutions culturelles. Chacun participe, à sa manière, à la circulation des œuvres, des idées et des connaissances.

L’arrivée du Web ouvre ensuite une nouvelle période.

Pour la première fois dans l’histoire, une même publication peut devenir accessible presque instantanément à l’échelle mondiale. Cela ne signifie évidemment pas qu’elle sera lue partout. En revanche, les possibilités de son parcours changent radicalement.

Les moteurs de recherche, puis les plateformes numériques et, plus récemment, les intelligences artificielles, prolongent cette évolution. Ils ouvrent de nouvelles possibilités de circulation et modifient à leur tour la manière dont les œuvres, les idées et les connaissances peuvent être découvertes.

En observant cette succession de transformations, une idée s’impose peu à peu.

Chaque époque ne modifie pas seulement les moyens de transmettre. Elle transforme aussi l’étendue potentielle du parcours qu’une publication peut accomplir.

C’est pourquoi il me semble utile de parler d’horizon de circulation plutôt que simplement de diffusion.

L’image de l’horizon évoque un espace de possibilités.

À mesure que de nouveaux médiateurs apparaissent, cet espace s’élargit, se transforme et se recompose. De nouvelles voies s’ouvrent tandis que d’autres perdent progressivement de leur importance.

Les nouveaux médiateurs ne remplacent d’ailleurs pas nécessairement les précédents. L’oralité existe toujours. Les livres imprimés continuent de circuler. Les bibliothèques, les enseignants et les institutions culturelles demeurent des acteurs essentiels de la transmission.

Chaque époque ajoute ainsi de nouveaux médiateurs qui recomposent progressivement les possibilités de circulation des œuvres, des idées et des connaissances.

C’est cette évolution continue, des premières traditions orales jusqu’aux médiateurs algorithmiques contemporains, que le concept d’horizon de circulation cherche à rendre visible.

Un horizon de circulation n’est pas une garantie de diffusion

Le concept d’horizon de circulation ne cherche pas à prédire le destin d’une publication.

Il décrit simplement les possibilités qu’offrent les médiateurs d’une époque.

Pour mieux comprendre cette idée, prenons l’exemple d’un poème.

Un poème peut être récité lors d’une soirée de poésie devant une dizaine de personnes. Il peut aussi être publié dans un recueil distribué dans quelques librairies et rejoindre quelques centaines de lecteurs.

Ce même poème peut également être publié sur le Web. Il devient alors potentiellement accessible à des lecteurs situés partout dans le monde. Les moteurs de recherche peuvent l’indexer. Les plateformes peuvent le recommander. Une intelligence artificielle peut le citer, le résumer ou le proposer à un utilisateur qui n’aurait jamais rencontré son auteur autrement.

Le poème est pourtant le même.

Ce qui change, ce n’est pas l’œuvre.

Ce sont les possibilités de son parcours.

C’est précisément ce que j’appelle son horizon de circulation.

Cela ne signifie évidemment pas que le poème sera lu par des milliers de personnes. Il pourra demeurer presque invisible, malgré cet horizon beaucoup plus vaste.

L’horizon de circulation ne décrit donc pas ce qui se produira.

Il décrit ce qui devient possible.

On peut ainsi distinguer l’horizon de circulation, qui représente le parcours potentiellement rendu possible par les médiateurs d’une époque, de la circulation effective, c’est-à-dire le parcours réellement accompli par une publication.

Les deux notions sont complémentaires : l’horizon de circulation décrit un espace de possibilités, tandis que la circulation effective raconte le parcours réellement accompli par une œuvre, une idée ou une connaissance.

L’horizon de circulation ne remplace donc pas les notions de visibilité, de découvrabilité, de diffusion, de transmission ou de portée (reach).

Il propose simplement une autre manière d’observer le phénomène.

Au lieu de s’intéresser uniquement à ce qu’une publication accomplit, il invite à regarder les possibilités de parcours que les médiateurs rendent accessibles à une époque donnée.

Les médiateurs continuent d’évoluer et, avec eux, les possibilités de circulation des œuvres, des idées et des connaissances. Comprendre cette évolution permet peut-être de mieux comprendre la manière dont se transforme la culture mondiale en réseau.

Un horizon de circulation plus vaste ne garantit pas la pérennité d’une œuvre, d’une idée ou d’une connaissance. En revanche, il peut multiplier les occasions d’être retrouvée, transmise, traduite, archivée ou redécouverte au fil du temps. L’horizon de circulation n’assure donc pas la pérennité, mais il peut contribuer à créer les conditions qui la rendent possible.

Chaque publication est un fragment de l’humanité. Une trace confiée aux médiateurs
de son époque et lancée vers son horizon de circulation.


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© Gilles Vallée | Artiste Numérique Humaniste, Poète, Sculpteur

Jusqu’où une publication peut-elle aller ?

L’horizon de circulation dans la culture mondiale

Sphères en damier noir et blanc diminuant progressivement dans un vaste espace blanc pour illustrer l'horizon de circulation des œuvres, des idées et des connaissances grâce aux médiateurs culturels.

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How Far Can a Publication Go?

Une scène de la vie quotidienne :

Vous vous connectez.
Vous faites une recherche sur un sujet qui vous intéresse.
En quelques secondes, vous trouvez un texte passionnant.
Vous le lisez.

Puis vous découvrez qu’il a été écrit par une personne vivant à l’autre bout du monde et traduit pour vous permettre de le lire.

Vous réalisez alors qu’il y a seulement quelques décennies, vous n’auriez probablement jamais eu accès à ce texte.

Qu’est-ce qui a rendu cette rencontre possible ?

Pendant des siècles, les œuvres, les idées et les connaissances ont circulé grâce à des médiateurs comme les conteurs, les copistes, les libraires, les bibliothécaires, les enseignants ou les critiques. Aujourd’hui, de nouveaux médiateurs algorithmiques — moteurs de recherche, plateformes numériques et intelligences artificielles — jouent à leur tour un rôle essentiel dans leur circulation.

Dans notre exemple, ce sont précisément ces nouveaux médiateurs qui ont rendu cette rencontre possible.

Les médiateurs rendent les rencontres possibles. Mais leur capacité à faire circuler une publication dépend aussi du mode de publication choisi.

Choisir comment publier

Prenons l’exemple d’un poète ou d’une poétesse qui souhaite diffuser un de ses poèmes.

Cette personne peut choisir de réciter son poème lors d’une soirée de poésie devant une dizaine de personnes, sans le publier.

Elle peut aussi décider de le publier dans un recueil papier distribué dans quelques librairies et rejoindre quelques centaines de lecteurs.

Ou encore, elle peut le publier en version numérique sur le Web, où il pourra être partagé, indexé par les moteurs de recherche, recommandé par des plateformes, parfois cité par des intelligences artificielles et découvert par des dizaines de milliers de lecteurs vivant partout dans le monde.

Le poème est le même.

Ce qui change, c’est l’étendue potentielle de son parcours.

C’est ce que j’appelle l’horizon de circulation.

Plusieurs façons de rendre un texte accessible coexistent. Si l’on choisit de le publier, chaque mode de publication ouvre un horizon de circulation différent. Le choix du mode de publication influence donc l’étendue potentielle de la circulation d’une œuvre, d’une idée ou d’une connaissance.

J’ai pris l’exemple d’un poème, mais le même phénomène s’applique à toute publication : une œuvre, une idée, une connaissance ou un simple témoignage.

Les médiateurs algorithmiques permettent à certaines publications d’atteindre un horizon de circulation à l’échelle de la culture mondiale.

Choisir comment publier, c’est aussi choisir jusqu’où une publication pourra potentiellement aller.


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Cube noir et blanc évoquant la circulation de la culture dans les réseaux numériques, avec la silhouette d'un observateur intégrée à la composition. Illustration du micro-essai « Vous utilisez déjà l'intelligence artificielle ».

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You Already Use Artificial Intelligence

Une scène de la vie quotidienne :

Vous vous connectez.

Vous cherchez quelque chose à lire. Vous posez une question à un moteur de recherche. Une plateforme vous recommande un film. Une intelligence artificielle vous propose de nouvelles découvertes culturelles.

Quelques secondes plus tard, vous avez l’impression d’avoir simplement trouvé ce que vous cherchiez.

Pourtant, il s’est passé quelque chose d’important…

Vous venez de rencontrer la culture d’une manière bien différente de celle de vos parents ou de vos grands-parents.

Depuis toujours, nous découvrons la culture et la connaissance grâce à des médiateurs : une bibliothèque, un libraire, un enseignant, un critique… ou tout simplement un ami.

Comme beaucoup de lecteurs de ma génération, j’ai longtemps découvert la culture uniquement grâce à des médiateurs humains.

Aujourd’hui, de nouveaux médiateurs s’ajoutent à cette longue histoire… et ils ne sont pas humains.

Qui nous guide désormais dans nos découvertes culturelles ?

La culture mondiale est maintenant un flux en circulation permanente.

Les œuvres, les livres, les films, les articles et les idées ne circulent plus seulement grâce aux bibliothèques, aux libraires, aux critiques et aux institutions.

Ils traversent désormais un immense réseau où les moteurs de recherche, les plateformes numériques et les intelligences artificielles participent eux aussi à leur circulation.

En réalité, nous sommes déjà accompagnés par de nouveaux médiateurs qui organisent discrètement une partie de nos rencontres avec la culture depuis maintenant quelques décennies.

Que nous en soyons conscients ou non, nous utilisons déjà l’intelligence artificielle lorsque nous faisons une recherche sur Internet, lorsque nous regardons une vidéo sur YouTube, lorsqu’une plateforme nous recommande un film, une chanson, un livre ou un article, ou encore lorsque les réseaux sociaux organisent ce qui apparaît dans nos fils d’actualité.

Le plus grand impact de l’intelligence artificielle n’est pas de créer des images, des textes ou de la musique. Il réside dans son rôle de médiateur, en participant à nos découvertes culturelles et à la circulation des œuvres, des idées et des connaissances.

Les médiateurs changent. De plus en plus, ils prennent la forme de moteurs de recherche, de plateformes numériques et d’intelligences artificielles.

Notre besoin de découvrir, de partager et de transmettre la culture, lui, demeure humain.


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© Gilles Vallée | Artiste Numérique Humaniste, Poète, Sculpteur

Vous publiez… mais êtes-vous vraiment vu ?

Une question de visibilité, de découvrabilité et de rencontre

Mosaïque multilingue de la culture et traces de pas avançant dans un réseau de contenus numériques, illustrant le parcours d'une trace vers la visibilité, la découvrabilité, la rencontre humaine et la transmission.

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You Publish… But Are You Really Seen?

Je publie souvent… mais je n’ai pas toujours de lecteurs.

Depuis plus de vingt ans, je publie sur le Web des œuvres, des poèmes, des textes, des vidéos et des images. Certaines publications trouvent leurs lecteurs. D’autres demeurent presque invisibles. En cherchant à comprendre pourquoi certaines publications sont vues alors que d’autres passent presque inaperçues, je croyais réfléchir au fonctionnement du monde numérique. Je ne me doutais pas que cette question allait m’amener beaucoup plus loin.

Quand une simple question devient une réflexion

Au départ, ma réflexion était très simple.

Pourquoi certaines publications semblent-elles circuler naturellement, alors que d’autres demeurent presque invisibles malgré tout le soin apporté à leur création ?

Comme beaucoup de personnes qui publient sur le Web, j’ai d’abord cherché des réponses du côté des moteurs de recherche, des réseaux sociaux, des algorithmes et des plateformes numériques. J’ai appris à mieux référencer mes contenus, à travailler les métadonnées et à améliorer leur découvrabilité. Pourtant, malgré tous ces efforts, cette question continuait de me préoccuper. Peu à peu, trois mots sont revenus de plus en plus souvent dans mes lectures et dans mes observations : visibilité, découvrabilité et rencontre.

La visibilité permet qu’un contenu existe dans l’espace public.
La découvrabilité augmente les chances qu’il puisse être trouvé.
Mais une question demeurait.

Que se passe-t-il après ?

Qu’arrive-t-il lorsqu’un texte, une image, une photographie, une vidéo ou une idée devient effectivement visible ? Que se passe-t-il lorsqu’il peut enfin être découvert ?

Pendant longtemps, j’ai pensé que ces deux notions suffisaient à expliquer la circulation des contenus dans le monde numérique. Pourtant, quelque chose me semblait manquer. Une publication peut être visible. Elle peut même être facilement trouvée. Cela ne signifie pas nécessairement qu’elle rejoint réellement quelqu’un.

C’est alors que le troisième mot a commencé à prendre de l’importance.

La rencontre.

Au début, je l’entendais simplement comme le moment où une publication rejoint son lecteur. Une idée assez naturelle, finalement. Mais plus j’observais les parcours de mes propres publications, plus cette notion prenait de l’ampleur.

Ce que des dessins dans des cavernes m’ont appris

Puis, un jour, une image s’est imposée à moi.
Je pensais à ces dessins découverts dans des grottes restées inaccessibles pendant des siècles, parfois pendant des millénaires.
Les dessins existaient depuis toujours.
Les parois rocheuses avaient conservé leurs traces.
Pourtant, pendant tout ce temps, personne ne les regardait plus.
Puis, un jour, des explorateurs redécouvrent ces dessins.
Des archéologues les étudient.
Des chercheurs tentent d’en comprendre le sens.
Des visiteurs les contemplent avec étonnement.

Soudain, ces œuvres recommencent à faire partie de notre histoire.
C’est à ce moment que quelque chose a changé dans ma manière de voir.
Je ne regardais plus seulement le fonctionnement du monde numérique.

Je commençais à me demander si les trois mots qui revenaient sans cesse dans ma réflexion ne décrivaient pas un phénomène beaucoup plus ancien.

Les œuvres de nos ancêtres étaient là.
Elles étaient devenues de nouveau visibles.
Elles avaient été découvertes.
Puis elles avaient rencontré d’autres êtres humains.
Et cette rencontre leur permettait, des milliers d’années plus tard, de recommencer à transmettre quelque chose.

Cette idée est longtemps demeurée une intuition.

Un livre oublié pendant plus d’un demi-siècle

Puis, quelque temps plus tard, une expérience personnelle est venue confirmer cette intuition.

J’ai acheté chez un libraire de livres usagés un recueil de poésie publié plus d’un demi-siècle auparavant.

L’exemplaire était dédicacé. Quelqu’un l’avait reçu lors du lancement du livre, en 1965. Plus d’un demi-siècle plus tard, il avait quitté la bibliothèque de son propriétaire pour se retrouver sur les rayons d’une librairie de livres d’occasion.

En l’ouvrant, j’ai découvert un détail auquel je ne m’attendais pas.
Les pages étaient encore attachées, comme au jour de sa publication. Il fallait les couper dans le haut pour lire le texte. Pendant plus d’un demi-siècle, cet exemplaire était demeuré sur les rayons d’une bibliothèque personnelle sans qu’aucun lecteur n’en ouvre les pages. J’ai été le premier à le lire.

Je suis resté un moment à regarder ce livre.
Il avait traversé le temps.
Il avait changé de propriétaire.
Il avait été conservé avec soin.

Mais, pendant toutes ces années, sa lecture était demeurée en attente.
Ce n’est qu’au moment où quelqu’un en a enfin ouvert les pages que cette œuvre a recommencé à vivre.

Quelques semaines plus tard, j’ai publié sur mon site Internet des extraits de ce recueil afin de le faire découvrir à d’autres lecteurs. En partageant ces textes, je devenais à mon tour un passeur. Une œuvre demeurée silencieuse pendant plus de cinquante ans pouvait désormais rencontrer de nouveaux lecteurs et reprendre sa transmission.

À cet instant, j’ai compris que cette histoire ressemblait beaucoup à celle des œuvres rupestres auxquelles je pensais depuis quelque temps.

La transmission ne dépend pas seulement de l’existence d’une trace. Elle dépend aussi de la possibilité, un jour, d’une rencontre.

Une œuvre peut être conservée pendant des siècles.
Un livre peut demeurer intact pendant plus d’un demi-siècle.
Une publication peut rester accessible sur le Web pendant des années.
Mais, tôt ou tard, il faut qu’un autre être humain les rencontre.
C’est cette rencontre qui remet la transmission en mouvement.

Une même histoire qui traverse le temps

Je me suis alors posé une question très simple.
Et si cette histoire ne concernait pas seulement les dessins dans les cavernes ou ce livre oublié ?
Et si elle décrivait un phénomène beaucoup plus général ?

Depuis toujours, les êtres humains laissent des traces de leur passage.
Une empreinte sur une paroi rocheuse.
Un pétroglyphe.
Un manuscrit.
Une lettre.
Un livre.
Une photographie.
Une œuvre d’art.
Une archive.
Aujourd’hui, une publication sur le Web.

Les supports changent.
Les technologies évoluent.
Mais le geste demeure.

Nous cherchons toujours à transmettre quelque chose.

Une idée.
Une connaissance.
Une émotion.
Une expérience.
Une valeur.
Un souvenir.
Une part de nous-mêmes.

Pendant longtemps, j’avais considéré le monde numérique comme un univers en parallèle.
Je pense aujourd’hui qu’il constitue plutôt le prolongement d’une histoire beaucoup plus ancienne.
Les moteurs de recherche, les plateformes numériques et les intelligences artificielles ne remplacent pas ce processus de transmission.
Ils en deviennent les nouveaux médiateurs.

Une grille de lecture de la transmission

Depuis plusieurs mois, trois mots reviennent constamment dans ma réflexion.

Visibilité

Une trace doit d’abord exister dans le monde.
Elle doit pouvoir être vue.

Découvrabilité

Elle doit ensuite pouvoir être retrouvée.
Parfois immédiatement.
Parfois des siècles plus tard.

Rencontre humaine

Enfin, vient le moment où cette trace rejoint un autre être humain.
C’est à cet instant que la transmission reprend.
Une œuvre, une idée, une connaissance, une valeur, une mémoire ou un témoignage recommence à produire du sens.

Les notions de visibilité et de découvrabilité sont aujourd’hui bien connues dans les domaines des bibliothèques, des archives, de la découvrabilité culturelle et du monde numérique.

Au cours de cette réflexion, j’ai simplement eu l’impression qu’un troisième moment méritait davantage notre attention.

La rencontre humaine.

Non pas la rencontre comprise comme un indicateur d’engagement, de fidélisation ou de performance des plateformes.
Mais la rencontre d’une trace avec un être humain.
Le moment où une œuvre, une idée, une connaissance, une valeur, une mémoire ou un témoignage recommence à produire du sens.

Au fil de cette réflexion, une idée s’est progressivement imposée.

J’ai aujourd’hui le sentiment que cette grille de lecture permet d’éclairer différemment de nombreuses formes de transmission humaine.

Trace → Visibilité → Découvrabilité → Rencontre humaine → Transmission

Depuis toujours, les êtres humains laissent des traces.
Les supports changent.
Les technologies évoluent.
Les médiateurs se transforment.
Mais ce parcours demeure.

Chaque génération ajoute de nouvelles traces à celles qui l’ont précédée.
Les nôtres voyagent aujourd’hui dans les réseaux numériques.
Certaines tomberont dans l’oubli.
D’autres poursuivront leur chemin pendant des décennies, peut-être davantage.
Nous ne savons jamais lesquelles.


Mais une chose semble traverser toute l’histoire humaine.


Sans rencontre humaine, il n’y a que des traces. Avec elle, il y a transmission.

Schéma illustrant le parcours de la transmission humaine : Trace → Visibilité → Découvrabilité → Rencontre humaine → Transmission.

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© Gilles Vallée | Artiste Numérique Humaniste, Poète, Sculpteur

Vous laissez déjà des traces dans la culture mondiale

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Illustration représentant la culture mondiale sous forme d'une mosaïque multilingue accompagnée du Marcheur du réseau, symbole des traces humaines, du temps et de la transmission culturelle.

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You Are Already Leaving Traces in Global Culture

Une scène de la vie quotidienne:

Je me connecte.
Je publie une photographie sur le Web.
Comme tout le monde, je regarde si quelqu’un réagit.
Un « J’aime » ?
Un commentaire ?
Un partage ?

Je me demande combien de personnes verront cette publication.

Aujourd’hui ?
Cette semaine ?
Le mois prochain ?

Puis d’autres questions apparaissent:

Dans quelques années ?
Dans quelques décennies ?

Et si cette publication devenait un jour une trace du passé ?

Au moment où je clique sur « Publier », je pense surtout au présent. Mais cette publication pourrait poursuivre son chemin bien après moi, vers des personnes que je ne connaîtrai jamais.

Depuis toujours, les êtres humains cherchent à transmettre une part d’eux-mêmes : une empreinte sur une paroi rocheuse, un pétroglyphe gravé dans la pierre, un manuscrit, un livre, une photographie, une œuvre d’art. Aujourd’hui, une publication sur le Web.

Les technologies changent.
Le besoin humain demeure.

Nous écrivons, nous créons, nous photographions, nous partageons. Le numérique n’a pas inventé ce désir de transmettre. Il est simplement devenu le nouvel espace où cette histoire de la transmission continue de s’écrire.

Toutes les traces ne traversent pas le temps. Beaucoup tomberont dans l’oubli. D’autres voyageront beaucoup plus longtemps que nous l’imaginons. Nous ne savons jamais lesquelles poursuivront leur chemin.

Chaque publication est peut-être une petite part de la mémoire du monde.

Une photographie
Un poème
Une idée
Un témoignage
Une œuvre
Une connaissance

Chaque publication ajoute peut-être un nouveau fragment à la mosaïque de la culture mondiale.

Pour poursuivre leur voyage, ces traces doivent d’abord devenir visibles. Elles doivent ensuite pouvoir être découvertes. Puis, un jour, rencontrer un autre être humain qui leur donnera un nouveau sens.

Depuis toujours, le voyage des traces humaines suit le même chemin :

Visibilité

Découvrabilité

Rencontre

Chaque génération laisse des traces. Les nôtres voyagent dans le réseau.


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Le chemin qui mène de la visibilité à la rencontre

Mosaïque multilingue du mot culture, jeune femme avançant dans un flux numérique de contenus et de plateformes, illustrant la visibilité, la découvrabilité et les rencontres dans la culture mondiale en réseau.

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Publishing Is Not Enough. You Also Need the Chance to Be Seen.

Une scène de la vie quotidienne:

Je me connecte…

Je publie une photo.

Un texte.

Une vidéo.

Une réflexion.

Parfois, ce que je publie est rapidement vu et partagé.

Parfois, cela semble disparaître presque aussitôt.

Pourtant, ces contenus existent toujours.

Aujourd’hui, des milliards de publications circulent dans les réseaux numériques. Jamais autant de personnes n’ont pu partager aussi facilement leurs idées, leurs connaissances, leurs expériences, leurs créations ou leurs découvertes. Publier est devenu un geste quotidien.

Mais publier ne suffit plus.

Encore faut-il pouvoir être vu.

Dans mon cas, je publie des contenus artistiques et des textes de réflexion sur le Web depuis une vingtaine d’années. Certains rencontrent rapidement leur public. D’autres semblent rejoindre les limbes numériques. Cette expérience n’a rien d’exceptionnel. Aujourd’hui, chacun peut constater que certaines publications circulent largement, tandis que d’autres demeurent presque invisibles.

Au fond, cette démarche est profondément humaine. Publier, communiquer, espérer être vu, être découvert et rencontrer un public font naturellement partie de toute transmission culturelle.

Depuis toujours, les êtres humains cherchent à transmettre des idées, des connaissances, des expériences ou des créations. La transmission est l’un des grands fils conducteurs de l’histoire humaine. Le numérique n’a pas créé cette aspiration. Il en est simplement devenu un nouveau chapitre.

Dans un monde où chacun peut publier, la visibilité devient un véritable enjeu culturel. Sans visibilité, les idées, les connaissances et les créations risquent de ne jamais rencontrer les personnes qui pourraient leur donner une nouvelle vie.

Ce qui a changé avec le numérique, ce sont les chemins qu’emprunte cette transmission. Les moteurs de recherche, les plateformes numériques et les intelligences artificielles sont devenus de nouveaux médiateurs entre les contenus et les personnes qui pourront les découvrir. Aujourd’hui, cette capacité à permettre qu’un contenu soit trouvé dans l’immensité du réseau porte un nom : la découvrabilité.

Au fond, la visibilité n’est pas une fin en soi. Être vu ne prend véritablement son sens que lorsqu’une idée trouve un esprit curieux, lorsqu’une connaissance rejoint quelqu’un qui la cherchait, lorsqu’un texte, une image ou une musique rencontrent une personne qui leur donnera une nouvelle vie par la lecture, l’écoute, la réflexion ou le partage.

La visibilité permet d’être vu.

La découvrabilité permet d’être trouvé.

La rencontre est la finalité.

C’est toujours dans les rencontres que la culture continue de vivre.


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La culture mondiale comme mosaïque mouvante

Mosaïque typographique noir, blanc et gris présentant le mot « culture » dans quinze langues du monde, illustrant la diversité, la circulation et la recomposition culturelle dans la culture mondiale en réseau.

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Global Culture as a Moving Mosaic

Fragments, circulations et recompositions culturelles dans le réseau

La culture a souvent été associée à des territoires, à des langues, à des traditions ou à des institutions particulières. Pourtant, dans le monde contemporain, une part grandissante de notre expérience culturelle se déroule dans un environnement mondial interconnecté où les œuvres, les idées, les savoirs et les mémoires circulent en permanence à travers les réseaux numériques.

Selon une définition largement reconnue, la culture peut être comprise comme l’ensemble des connaissances, des savoir-faire, des croyances, des coutumes et des valeurs propres à une société ou à un groupe humain. Pendant longtemps, ces éléments se transmettaient principalement à l’intérieur de cadres géographiques, linguistiques ou nationaux relativement stables. Aujourd’hui, ils circulent à une échelle inédite.

Une chanson créée à Séoul peut être écoutée presque instantanément à Montréal. Un texte rédigé il y a plusieurs siècles en Chine peut être lu instantanément en français grâce aux outils de traduction contemporains. Une œuvre visuelle produite dans un atelier isolé peut voyager d’une plateforme à l’autre et être découverte sur plusieurs continents.

Dans ce contexte, la culture mondiale contemporaine ressemble de moins en moins à un ensemble de blocs distincts et de plus en plus à une mosaïque mouvante composée de fragments en circulation, constamment recomposés par les échanges humains, les réseaux numériques, les plateformes, les algorithmes et les intelligences artificielles.

Une culture faite de fragments

Dans les environnements numériques, les œuvres et les contenus culturels circulent rarement sous leur forme originale complète.

Ils apparaissent souvent sous forme d’extraits, de citations, de résumés, de commentaires, de recommandations, de traductions ou de réinterprétations. Une photographie devient une miniature. Un livre devient une citation partagée. Un film devient une séquence de quelques secondes. Une œuvre visuelle devient une image reproduite dans un moteur de recherche ou un réseau social.

Cette fragmentation ne concerne pas seulement les œuvres. Elle touche également les connaissances, les savoir-faire, les croyances, les coutumes, les valeurs et les mémoires qui composent la culture.

Les individus construisent désormais leur expérience culturelle à partir d’une multitude de fragments provenant de différentes régions du monde. Chaque parcours devient unique. Chacun assemble progressivement sa propre mosaïque culturelle.

Circulations culturelles et échelle mondiale

La circulation constitue probablement l’une des caractéristiques majeures de la culture contemporaine.

Les réseaux numériques permettent aujourd’hui à des contenus culturels de traverser rapidement les frontières géographiques, linguistiques et institutionnelles. Cette capacité transforme profondément les mécanismes de transmission culturelle.

Les outils de traduction automatique participent également à cette transformation. Même imparfaites, les traductions assistées par l’intelligence artificielle permettent à des millions de personnes d’accéder à des œuvres, des idées et des connaissances qui leur étaient autrefois difficilement accessibles.

Cette nouvelle accessibilité culturelle représente l’une des grandes transformations de notre époque. Une quantité considérable de savoirs, de récits et de patrimoines culturels devient progressivement consultable à l’échelle mondiale.

Pour la première fois dans l’histoire humaine, une partie importante de la culture mondiale peut être explorée presque instantanément depuis un même environnement numérique.

Cette évolution me rappelle une expérience personnelle qui illustre bien la transformation de notre rapport à la culture. Au début des années 1970, alors que j’étais adolescent, je devais faire un travail scolaire sur la musique. J’ai dû me rendre à la bibliothèque de mon quartier. Il fallait consulter des fiches en carton, localiser physiquement les ouvrages et recopier à la main les passages utiles.

Quelques décennies plus tard, les moteurs de recherche, les bibliothèques numériques et les intelligences artificielles permettent d’accéder presque instantanément à des connaissances provenant du monde entier. Il est désormais possible de consulter en français des textes écrits il y a des siècles dans d’autres langues et d’autres civilisations. En quelques décennies, notre rapport à l’accès à la culture s’est profondément transformé.

Accessibilité, visibilité et découvrabilité

Cependant, être accessible ne signifie pas nécessairement être visible.

Une œuvre peut être publiée sur Internet, correctement indexée et techniquement accessible sans jamais rencontrer son public.

C’est ici qu’apparaît la notion de découvrabilité culturelle.

L’accessibilité culturelle concerne la possibilité d’accéder à une œuvre, à une idée ou à un savoir. La découvrabilité concerne sa capacité à être trouvée, rencontrée ou recommandée au sein des environnements numériques.

Dans le réseau contemporain, la visibilité dépend de nombreux facteurs : moteurs de recherche, plateformes, systèmes de recommandation, algorithmes, réseaux sociaux, traductions, référencement, circulation sociale et médiatique.

Certaines œuvres bénéficient d’une visibilité exceptionnelle et circulent largement à travers le monde. D’autres demeurent pratiquement invisibles malgré leur présence en ligne.

L’accessibilité ne garantit donc pas la circulation. Sans visibilité, une œuvre demeure présente dans le réseau mais absente des circulations culturelles, comme suspendue dans des limbes numériques.

Recomposition et hybridation

La circulation mondiale des fragments culturels produit également des phénomènes constants de recomposition.

Les influences se croisent. Les références se mélangent. Les œuvres dialoguent entre elles. Les traditions se rencontrent. Les langues s’influencent mutuellement.

Cette dynamique contribue à l’émergence de formes culturelles hybrides qui empruntent simultanément à plusieurs univers.

Les utilisateurs des réseaux ne sont pas seulement des consommateurs de culture. Ils participent eux aussi à ces recompositions. Ils commentent, traduisent, sélectionnent, partagent, associent et réinterprètent les contenus qu’ils rencontrent.

Les intelligences artificielles participent désormais à leur tour à cette dynamique en facilitant l’organisation, la traduction, la recommandation et l’interprétation d’immenses quantités de contenus culturels.

La mosaïque mondiale n’est donc jamais achevée. Elle se transforme continuellement.

Un écosystème culturel mondial

L’image de la mosaïque mouvante permet de comprendre la culture mondiale contemporaine comme un écosystème culturel mondial.

Dans un écosystème, les éléments ne sont pas isolés. Ils interagissent continuellement les uns avec les autres. Les transformations d’une partie du système influencent l’ensemble.

Cette image permet également d’adopter une approche systémique de la culture mondiale contemporaine. Plutôt que d’observer des œuvres, des plateformes ou des technologies de façon isolée, il devient possible de comprendre les multiples interactions qui relient les individus, les cultures, les mémoires, les institutions et les environnements numériques.

Il en va de même pour la culture mondiale en réseau.

Les œuvres, les créateurs, les institutions, les plateformes, les moteurs de recherche, les algorithmes, les traducteurs, les lecteurs, les spectateurs et les intelligences artificielles participent à un vaste ensemble d’interactions qui façonnent les circulations culturelles contemporaines.

Cet écosystème produit des opportunités extraordinaires d’accès, de rencontre et de transmission. Il favorise également l’émergence de nouveaux défis liés à la visibilité, à la diversité culturelle, à la préservation des mémoires et à l’équilibre entre les cultures dominantes et les cultures moins visibles.

Habiter la mosaïque

Depuis plus de trois décennies, j’observe l’évolution du réseau, depuis les premiers moteurs de recherche des années 1990 jusqu’aux plateformes mondiales, aux réseaux sociaux, aux systèmes de recommandation et aux intelligences artificielles contemporaines. Depuis plus d’une vingtaine d’années, j’y publie des textes, des images, des poèmes et des réflexions qui circulent à travers différents espaces numériques.

Dans cette mosaïque mouvante composée de connaissances, de savoir-faire, de croyances, de coutumes, de valeurs, d’œuvres, de récits et de mémoires en constante recomposition, ma contribution demeure modeste : publier des contenus artistiques et réflexifs dans une tentative de comprendre et de documenter l’expérience humaine dans la culture mondiale en réseau, à l’époque des algorithmes et de l’intelligence artificielle.

Pour illustrer la présence humaine dans cette culture mondiale en réseau, j’ai utilisé dans des articles précédents trois figures complémentaires : le marcheur du réseau, le témoin du réseau et le citoyen du réseau.

Le marcheur du réseau, c’est l’humain qui traverse quotidiennement les espaces numériques du monde contemporain. Le témoin du réseau observe les transformations culturelles qui s’y produisent et en conserve des traces. Le citoyen du réseau participe quant à lui à cette culture mondiale en partageant, en transmettant et en utilisant les outils numériques de manière responsable.

Le marcheur du réseau, le témoin du réseau et le citoyen du réseau évoluent désormais dans cet environnement culturel mondial où les fragments voyagent, se rencontrent et se recomposent continuellement.

Habiter le réseau aujourd’hui, c’est aussi apprendre à habiter cette mosaïque mouvante.

Une mosaïque qui n’appartient à personne, à laquelle chacun contribue et dans laquelle nous maintenons une présence humaine.

🟦 Poursuivre la réflexion

→ Vous publiez… mais êtes-vous vraiment vu ?

→ Jusqu’où une publication peut-elle aller ?

→ L’horizon de circulation

→ Le marcheur du réseau — Traverser la culture mondiale à l’ère algorithmique

→ Comprendre la culture d’aujourd’hui
Une chronique culturelle composée de micro-essais qui explore l’expérience humaine dans une culture mondiale en réseau.

→ Tout le monde utilise l’IA — Art, culture et vie quotidienne dans un monde en réseau

→ Les traces humaines dans la culture mondiale

→ Habiter le réseau — Une nouvelle condition humaine dans la culture mondiale

→ Œuvre-site algorithmique — Habiter le réseau comme espace artistique

🌍Pensons culture

Je vous invite à découvrir la série Comprendre la culture d’aujourd’hui, une série de micro-essais consacrés à l’expérience humaine, à la culture contemporaine et au monde en réseau.

→ Voir la série Comprendre la culture d’aujourd’hui


© Gilles Vallée | Artiste Numérique Humaniste, Poète, Sculpteur