Vous utilisez déjà l’intelligence artificielle

Le vrai impact de l’IA en art et en culture

Cube noir et blanc évoquant la circulation de la culture dans les réseaux numériques, avec la silhouette d'un observateur intégrée à la composition. Illustration du micro-essai « Vous utilisez déjà l'intelligence artificielle ».

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You Already Use Artificial Intelligence

Une scène de la vie quotidienne :

Vous vous connectez.

Vous cherchez quelque chose à lire. Vous posez une question à un moteur de recherche. Une plateforme vous recommande un film. Une intelligence artificielle vous propose de nouvelles découvertes culturelles.

Quelques secondes plus tard, vous avez l’impression d’avoir simplement trouvé ce que vous cherchiez.

Pourtant, il s’est passé quelque chose d’important…

Vous venez de rencontrer la culture d’une manière bien différente de celle de vos parents ou de vos grands-parents.

Depuis toujours, nous découvrons la culture et la connaissance grâce à des médiateurs : une bibliothèque, un libraire, un enseignant, un critique… ou tout simplement un ami.

Comme beaucoup de lecteurs de ma génération, j’ai longtemps découvert la culture uniquement grâce à des médiateurs humains.

Aujourd’hui, de nouveaux médiateurs s’ajoutent à cette longue histoire… et ils ne sont pas humains.

Qui nous guide désormais dans nos découvertes culturelles ?

La culture mondiale est maintenant un flux en circulation permanente.

Les œuvres, les livres, les films, les articles et les idées ne circulent plus seulement grâce aux bibliothèques, aux libraires, aux critiques et aux institutions.

Ils traversent désormais un immense réseau où les moteurs de recherche, les plateformes numériques et les intelligences artificielles participent eux aussi à leur circulation.

En réalité, nous sommes déjà accompagnés par de nouveaux médiateurs qui organisent discrètement une partie de nos rencontres avec la culture depuis maintenant quelques décennies.

Que nous en soyons conscients ou non, nous utilisons déjà l’intelligence artificielle lorsque nous faisons une recherche sur Internet, lorsque nous regardons une vidéo sur YouTube, lorsqu’une plateforme nous recommande un film, une chanson, un livre ou un article, ou encore lorsque les réseaux sociaux organisent ce qui apparaît dans nos fils d’actualité.

Le plus grand impact de l’intelligence artificielle n’est pas de créer des images, des textes ou de la musique. Il réside dans son rôle de médiateur, en participant à nos découvertes culturelles et à la circulation des œuvres, des idées et des connaissances.

Les médiateurs changent. De plus en plus, ils prennent la forme de moteurs de recherche, de plateformes numériques et d’intelligences artificielles.

Notre besoin de découvrir, de partager et de transmettre la culture, lui, demeure humain.


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Ce texte fait partie de la série Comprendre la culture d’aujourd’hui, une chronique de la culture mondiale en réseau.

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© Gilles Vallée | Artiste Numérique Humaniste, Poète, Sculpteur

Publier ne suffit plus. Encore faut-il pouvoir être vu.

Le chemin qui mène de la visibilité à la rencontre

Mosaïque multilingue du mot culture, jeune femme avançant dans un flux numérique de contenus et de plateformes, illustrant la visibilité, la découvrabilité et les rencontres dans la culture mondiale en réseau.

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Publishing Is Not Enough. You Also Need the Chance to Be Seen.

Une scène de la vie quotidienne:

Je me connecte…

Je publie une photo.

Un texte.

Une vidéo.

Une réflexion.

Parfois, ce que je publie est rapidement vu et partagé.

Parfois, cela semble disparaître presque aussitôt.

Pourtant, ces contenus existent toujours.

Aujourd’hui, des milliards de publications circulent dans les réseaux numériques. Jamais autant de personnes n’ont pu partager aussi facilement leurs idées, leurs connaissances, leurs expériences, leurs créations ou leurs découvertes. Publier est devenu un geste quotidien.

Mais publier ne suffit plus.

Encore faut-il pouvoir être vu.

Dans mon cas, je publie des contenus artistiques et des textes de réflexion sur le Web depuis une vingtaine d’années. Certains rencontrent rapidement leur public. D’autres semblent rejoindre les limbes numériques. Cette expérience n’a rien d’exceptionnel. Aujourd’hui, chacun peut constater que certaines publications circulent largement, tandis que d’autres demeurent presque invisibles.

Au fond, cette démarche est profondément humaine. Publier, communiquer, espérer être vu, être découvert et rencontrer un public font naturellement partie de toute transmission culturelle.

Depuis toujours, les êtres humains cherchent à transmettre des idées, des connaissances, des expériences ou des créations. La transmission est l’un des grands fils conducteurs de l’histoire humaine. Le numérique n’a pas créé cette aspiration. Il en est simplement devenu un nouveau chapitre.

Dans un monde où chacun peut publier, la visibilité devient un véritable enjeu culturel. Sans visibilité, les idées, les connaissances et les créations risquent de ne jamais rencontrer les personnes qui pourraient leur donner une nouvelle vie.

Ce qui a changé avec le numérique, ce sont les chemins qu’emprunte cette transmission. Les moteurs de recherche, les plateformes numériques et les intelligences artificielles sont devenus de nouveaux médiateurs entre les contenus et les personnes qui pourront les découvrir. Aujourd’hui, cette capacité à permettre qu’un contenu soit trouvé dans l’immensité du réseau porte un nom : la découvrabilité.

Au fond, la visibilité n’est pas une fin en soi. Être vu ne prend véritablement son sens que lorsqu’une idée trouve un esprit curieux, lorsqu’une connaissance rejoint quelqu’un qui la cherchait, lorsqu’un texte, une image ou une musique rencontrent une personne qui leur donnera une nouvelle vie par la lecture, l’écoute, la réflexion ou le partage.

La visibilité permet d’être vu.

La découvrabilité permet d’être trouvé.

La rencontre est la finalité.

C’est toujours dans les rencontres que la culture continue de vivre.


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© Gilles Vallée | Artiste Numérique Humaniste, Poète, Sculpteur

La culture mondiale comme mosaïque mouvante

Mosaïque typographique noir, blanc et gris présentant le mot « culture » dans quinze langues du monde, illustrant la diversité, la circulation et la recomposition culturelle dans la culture mondiale en réseau.

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Global Culture as a Moving Mosaic

Fragments, circulations et recompositions culturelles dans le réseau

La culture a souvent été associée à des territoires, à des langues, à des traditions ou à des institutions particulières. Pourtant, dans le monde contemporain, une part grandissante de notre expérience culturelle se déroule dans un environnement mondial interconnecté où les œuvres, les idées, les savoirs et les mémoires circulent en permanence à travers les réseaux numériques.

Selon une définition largement reconnue, la culture peut être comprise comme l’ensemble des connaissances, des savoir-faire, des croyances, des coutumes et des valeurs propres à une société ou à un groupe humain. Pendant longtemps, ces éléments se transmettaient principalement à l’intérieur de cadres géographiques, linguistiques ou nationaux relativement stables. Aujourd’hui, ils circulent à une échelle inédite.

Une chanson créée à Séoul peut être écoutée presque instantanément à Montréal. Un texte rédigé il y a plusieurs siècles en Chine peut être lu instantanément en français grâce aux outils de traduction contemporains. Une œuvre visuelle produite dans un atelier isolé peut voyager d’une plateforme à l’autre et être découverte sur plusieurs continents.

Dans ce contexte, la culture mondiale contemporaine ressemble de moins en moins à un ensemble de blocs distincts et de plus en plus à une mosaïque mouvante composée de fragments en circulation, constamment recomposés par les échanges humains, les réseaux numériques, les plateformes, les algorithmes et les intelligences artificielles.

Une culture faite de fragments

Dans les environnements numériques, les œuvres et les contenus culturels circulent rarement sous leur forme originale complète.

Ils apparaissent souvent sous forme d’extraits, de citations, de résumés, de commentaires, de recommandations, de traductions ou de réinterprétations. Une photographie devient une miniature. Un livre devient une citation partagée. Un film devient une séquence de quelques secondes. Une œuvre visuelle devient une image reproduite dans un moteur de recherche ou un réseau social.

Cette fragmentation ne concerne pas seulement les œuvres. Elle touche également les connaissances, les savoir-faire, les croyances, les coutumes, les valeurs et les mémoires qui composent la culture.

Les individus construisent désormais leur expérience culturelle à partir d’une multitude de fragments provenant de différentes régions du monde. Chaque parcours devient unique. Chacun assemble progressivement sa propre mosaïque culturelle.

Circulations culturelles et échelle mondiale

La circulation constitue probablement l’une des caractéristiques majeures de la culture contemporaine.

Les réseaux numériques permettent aujourd’hui à des contenus culturels de traverser rapidement les frontières géographiques, linguistiques et institutionnelles. Cette capacité transforme profondément les mécanismes de transmission culturelle.

Les outils de traduction automatique participent également à cette transformation. Même imparfaites, les traductions assistées par l’intelligence artificielle permettent à des millions de personnes d’accéder à des œuvres, des idées et des connaissances qui leur étaient autrefois difficilement accessibles.

Cette nouvelle accessibilité culturelle représente l’une des grandes transformations de notre époque. Une quantité considérable de savoirs, de récits et de patrimoines culturels devient progressivement consultable à l’échelle mondiale.

Pour la première fois dans l’histoire humaine, une partie importante de la culture mondiale peut être explorée presque instantanément depuis un même environnement numérique.

Cette évolution me rappelle une expérience personnelle qui illustre bien la transformation de notre rapport à la culture. Au début des années 1970, alors que j’étais adolescent, je devais faire un travail scolaire sur la musique. J’ai dû me rendre à la bibliothèque de mon quartier. Il fallait consulter des fiches en carton, localiser physiquement les ouvrages et recopier à la main les passages utiles.

Quelques décennies plus tard, les moteurs de recherche, les bibliothèques numériques et les intelligences artificielles permettent d’accéder presque instantanément à des connaissances provenant du monde entier. Il est désormais possible de consulter en français des textes écrits il y a des siècles dans d’autres langues et d’autres civilisations. En quelques décennies, notre rapport à l’accès à la culture s’est profondément transformé.

Accessibilité, visibilité et découvrabilité

Cependant, être accessible ne signifie pas nécessairement être visible.

Une œuvre peut être publiée sur Internet, correctement indexée et techniquement accessible sans jamais rencontrer son public.

C’est ici qu’apparaît la notion de découvrabilité culturelle.

L’accessibilité culturelle concerne la possibilité d’accéder à une œuvre, à une idée ou à un savoir. La découvrabilité concerne sa capacité à être trouvée, rencontrée ou recommandée au sein des environnements numériques.

Dans le réseau contemporain, la visibilité dépend de nombreux facteurs : moteurs de recherche, plateformes, systèmes de recommandation, algorithmes, réseaux sociaux, traductions, référencement, circulation sociale et médiatique.

Certaines œuvres bénéficient d’une visibilité exceptionnelle et circulent largement à travers le monde. D’autres demeurent pratiquement invisibles malgré leur présence en ligne.

L’accessibilité ne garantit donc pas la circulation. Sans visibilité, une œuvre demeure présente dans le réseau mais absente des circulations culturelles, comme suspendue dans des limbes numériques.

Recomposition et hybridation

La circulation mondiale des fragments culturels produit également des phénomènes constants de recomposition.

Les influences se croisent. Les références se mélangent. Les œuvres dialoguent entre elles. Les traditions se rencontrent. Les langues s’influencent mutuellement.

Cette dynamique contribue à l’émergence de formes culturelles hybrides qui empruntent simultanément à plusieurs univers.

Les utilisateurs des réseaux ne sont pas seulement des consommateurs de culture. Ils participent eux aussi à ces recompositions. Ils commentent, traduisent, sélectionnent, partagent, associent et réinterprètent les contenus qu’ils rencontrent.

Les intelligences artificielles participent désormais à leur tour à cette dynamique en facilitant l’organisation, la traduction, la recommandation et l’interprétation d’immenses quantités de contenus culturels.

La mosaïque mondiale n’est donc jamais achevée. Elle se transforme continuellement.

Un écosystème culturel mondial

L’image de la mosaïque mouvante permet de comprendre la culture mondiale contemporaine comme un écosystème culturel mondial.

Dans un écosystème, les éléments ne sont pas isolés. Ils interagissent continuellement les uns avec les autres. Les transformations d’une partie du système influencent l’ensemble.

Cette image permet également d’adopter une approche systémique de la culture mondiale contemporaine. Plutôt que d’observer des œuvres, des plateformes ou des technologies de façon isolée, il devient possible de comprendre les multiples interactions qui relient les individus, les cultures, les mémoires, les institutions et les environnements numériques.

Il en va de même pour la culture mondiale en réseau.

Les œuvres, les créateurs, les institutions, les plateformes, les moteurs de recherche, les algorithmes, les traducteurs, les lecteurs, les spectateurs et les intelligences artificielles participent à un vaste ensemble d’interactions qui façonnent les circulations culturelles contemporaines.

Cet écosystème produit des opportunités extraordinaires d’accès, de rencontre et de transmission. Il favorise également l’émergence de nouveaux défis liés à la visibilité, à la diversité culturelle, à la préservation des mémoires et à l’équilibre entre les cultures dominantes et les cultures moins visibles.

Habiter la mosaïque

Depuis plus de trois décennies, j’observe l’évolution du réseau, depuis les premiers moteurs de recherche des années 1990 jusqu’aux plateformes mondiales, aux réseaux sociaux, aux systèmes de recommandation et aux intelligences artificielles contemporaines. Depuis plus d’une vingtaine d’années, j’y publie des textes, des images, des poèmes et des réflexions qui circulent à travers différents espaces numériques.

Dans cette mosaïque mouvante composée de connaissances, de savoir-faire, de croyances, de coutumes, de valeurs, d’œuvres, de récits et de mémoires en constante recomposition, ma contribution demeure modeste : publier des contenus artistiques et réflexifs dans une tentative de comprendre et de documenter l’expérience humaine dans la culture mondiale en réseau, à l’époque des algorithmes et de l’intelligence artificielle.

Pour illustrer la présence humaine dans cette culture mondiale en réseau, j’ai utilisé dans des articles précédents trois figures complémentaires : le marcheur du réseau, le témoin du réseau et le citoyen du réseau.

Le marcheur du réseau, c’est l’humain qui traverse quotidiennement les espaces numériques du monde contemporain. Le témoin du réseau observe les transformations culturelles qui s’y produisent et en conserve des traces. Le citoyen du réseau participe quant à lui à cette culture mondiale en partageant, en transmettant et en utilisant les outils numériques de manière responsable.

Le marcheur du réseau, le témoin du réseau et le citoyen du réseau évoluent désormais dans cet environnement culturel mondial où les fragments voyagent, se rencontrent et se recomposent continuellement.

Habiter le réseau aujourd’hui, c’est aussi apprendre à habiter cette mosaïque mouvante.

Une mosaïque qui n’appartient à personne, à laquelle chacun contribue et dans laquelle nous maintenons une présence humaine.

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Les traces humaines dans la culture mondiale

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Œuvre-site algorithmique — Habiter le réseau comme espace artistique

🌍Pensons culture

Je vous invite à découvrir la série Comprendre la culture d’aujourd’hui, une série de micro-essais consacrés à l’expérience humaine, à la culture contemporaine et au monde en réseau.

→ Voir la série Comprendre la culture d’aujourd’hui


© Gilles Vallée | Artiste Numérique Humaniste, Poète, Sculpteur