Le Kitsch Motel » : un poème sur l’errance, la mémoire et la tentative de se reconstruire, un jour à la fois.

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ART SOCIAL & POÉSIE
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Un jour à la fois:
Quand le passé pèse trop lourd, il faut trouver
refuge — même dans un motel imaginaire
LE KITSCH MOTEL
(Poème)
Casser maison
et déménager
au Kitsch Motel
déménager pour
guérir du passé
car le temps blesse
enfouir le passé
dans un tombeau
nucléaire,
sous terre
se coucher
dans un pilulier
et dormir comme
un tranquillisant
psychotropes en boucle
de la bière achetée
au dépanneur La Belle Rita
en face du Kitsch Motel
caresser les flamants
roses en plastique
plantés dans le gazon
devant la fenêtre
de ma chambre
en réalisant que
l’amour n’a pas été
au rendez-vous
qu’un corps,
ce n’était
qu’un corps
à la recherche
d’autres corps
dans le bordel
des sensations
et de l’excitation
en mangeant une guédille
au snack-bar chez Ben,
à côté du dépanneur
La Belle Rita,
détruire mon carnet
de contacts, mon bottin,
pour éliminer le passé
et les passants
de mon histoire
se retrouver nu
assis sur
une chaise rose
en plastique
dans le stationnement
du Kitsch Motel,
sur le bord de l’autoroute
bleu poudre,
avec un chapeau de cowboy
sur la tête,
en me disant qu’un jour
il faut choisir entre
vivre et mourir
pour l’instant
je suis toujours là
un jour à la fois
une bière à la fois
une pilule à la fois
Commentaire
À travers une langue dépouillée, rythmée par des ruptures et des énumérations, le texte évoque l’errance identitaire, la solitude affective, la consommation comme anesthésie, et le désir de recommencer à zéro — même si ce zéro est lui-même contaminé par le kitsch, le plastique et l’oubli. Le poème interroge la mémoire, la fuite, le corps comme lieu de passage, et la frontière ténue entre survie et disparition.
C’est une poésie de la résistance intime, où chaque geste — boire, dormir, détruire son bottin — devient une tentative de réappropriation de soi. Le Kitsch Motel n’est pas seulement un lieu fictif : c’est un état d’âme, une zone tampon entre le passé et l’avenir, entre le réel et le simulacre. On y vit « un jour à la fois« , dans une temporalité suspendue, presque clinique, où l’humain cherche encore à se dire, à se tenir debout, malgré tout.
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Gilles Vallée | Artiste Numérique Humaniste, Poète, Sculpteur