Pourquoi continuer d’écrire de la poésie dans un monde numérique ?

Nous participons à l’évolution du monde numérique

Œuvre numérique de Gilles Vallée représentant un vélo devant un escalier, dans une composition aux couleurs cyan, mauve et jaune.

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Why Continue Writing Poetry in a Digital World?

Scène de la vie quotidienne:

Vous vous connectez.
Vous écrivez dans un moteur de recherche :
« poésie sur le Web »

On vous répond :
« La poésie sur le Web transforme l’écriture traditionnelle en une expérience interactive, visuelle et sonore accessible partout. »

C’est vrai. Le numérique transforme nos manières d’écrire, de publier et de lire la poésie. L’Instapoésie, née avec les réseaux sociaux, en est un exemple.

Mais le mouvement se fait aussi dans l’autre sens.

Chaque poème que nous écrivons et publions ajoute quelques mots à cet immense espace numérique. Quelques mots seulement, mais des mots qui portent une image, une émotion, une expérience humaine, une manière de regarder le monde.

Nous ne faisons donc pas qu’habiter le monde numérique. Par ce que nous choisissons d’y publier, nous participons aussi à son évolution.

Un poème isolé peut sembler minuscule dans l’immensité du Web, mais il ne faut pas raisonner seulement à l’échelle d’un poème. Qu’il soit publié dans un livre ou sur le Web, chaque poème rejoint d’autres traces humaines qui, ensemble, participent à l’évolution de la culture mondiale.

Lorsqu’il est publié sur le Web, il entre également dans cet espace de circulation que nous construisons chaque jour.

Nous utilisons constamment les mots pour communiquer, chercher ou expliquer. La poésie nous rappelle que les mots peuvent aussi faire imaginer, ressentir et regarder autrement. Écrire de la poésie, c’est explorer cette autre possibilité du langage. Quelques mots peuvent suffire pour faire surgir une image mentale, une émotion, un souvenir ou une question.

C’est aussi pourquoi il importe de continuer d’écrire de la poésie et de la faire circuler. Le monde numérique ne doit pas devenir seulement un espace utile pour chercher de l’information, travailler, calculer ou communiquer. Il doit aussi porter les dimensions sensibles, émotives, intuitives et imaginaires de l’expérience humaine.

Continuer d’y publier de la poésie, c’est contribuer à assurer cette présence humaine dans le réseau.

Le monde numérique continuera d’évoluer. Ce que nous choisissons d’y écrire et d’y faire circuler contribuera aussi à déterminer ce qu’il deviendra. La poésie peut continuer d’en faire partie.

Nous avons la possibilité de laisser des traces poétiques dans ce monde algorithmique, alors allons-y.

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Ce texte fait partie de la série Comprendre la culture d’aujourd’hui, une chronique de la culture mondiale en réseau.

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🟦 Plus le monde devient numérique, plus l’humain devient important

🟦 Pourquoi avons-nous encore besoin des artistes ?

🟦 Pourquoi je continue d’écrire et de publier dans un monde saturé de technologies

🟦 L’Instapoésie : Fusion de la Poésie et du Numérique


Gilles Vallée | Artiste Numérique Humaniste, Poète, Sculpteur

Plus le monde devient numérique, plus l’humain devient important

Sculpture représentant une figure humaine, intégrée à une composition numérique aux textures bleues, grises et rouges.

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The More Digital the World Becomes, the More Important the Human Becomes

Scène de la vie quotidienne

Vous vous connectez.
Vous cherchez sur le Web l’image d’un homme qui travaille sur une sculpture.
Parmi les résultats apparaît une vieille photographie d’un sculpteur dans son atelier.
Vous le voyez travailler la matière.
Ce moment a réellement eu lieu.

Puis vous demandez à une intelligence artificielle de générer l’image d’un homme qui travaille sur une sculpture.
Quelques secondes plus tard, une autre image apparaît.
Elle est convaincante.
Le geste semble réel.
La poussière aussi.

Pourtant, quelque chose a changé.
Dans la première image, ce moment a été vécu.
Dans la deuxième, ce moment a été simulé.

Dans la première photographie, un être humain était là. Il a touché la matière, posé un acte de création. La photographie conserve la trace de ce moment.

Ce que nous regardons n’est donc pas seulement l’image d’un homme au travail. Quelque chose de son expérience nous parvient.

Les humains se transmettent ainsi leurs expériences depuis toujours. Par les récits, les objets, les œuvres, les lettres, les photographies ou les films, nous découvrons ce que d’autres ont vu, ressenti, imaginé ou vécu.

Le numérique ne fait pas disparaître ces traces. Il peut au contraire les conserver, les faire circuler et nous permettre de les rencontrer.

Mais un nouvel environnement culturel et artistique prend de l’ampleur. Les systèmes algorithmiques peuvent aussi produire des images, des textes ou des musiques qui semblent porter la trace d’une expérience humaine sans qu’un humain ait vécu ce qu’ils représentent.

Dans cet environnement, l’ancrage dans l’expérience humaine prend une importance particulière.

Derrière une photographie, un récit, une œuvre ou un témoignage, nous pouvons rencontrer l’expérience d’un autre humain. Par la trace qu’il a laissée, quelque chose de cette expérience peut traverser le temps, circuler dans le monde numérique et nous parvenir.

Les représentations produites par les systèmes algorithmiques n’ont pas nécessairement cet ancrage humain. Elles peuvent nous émouvoir, nous surprendre ou nous faire imaginer une expérience sans pour autant être la trace d’une expérience humaine réelle.

Plus le monde devient numérique, plus l’humain devient important.

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Ce texte fait partie de la série Comprendre la culture d’aujourd’hui, une chronique de la culture mondiale en réseau.

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Pour aller plus loin

🟦 Pourquoi avons-nous encore besoin des artistes ?

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🟦 ART NUMÉRIQUE HUMANISTE : UNE PHILOSOPHIE DE L’HUMAIN À L’ÈRE TECHNOLOGIQUE


© Gilles Vallée | Artiste Numérique Humaniste, Poète, Sculpteur

Vous publiez… mais êtes-vous vraiment vu ?

Une question de visibilité, de découvrabilité et de rencontre

Mosaïque multilingue de la culture et traces de pas avançant dans un réseau de contenus numériques, illustrant le parcours d'une trace vers la visibilité, la découvrabilité, la rencontre humaine et la transmission.

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You Publish… But Are You Really Seen?

Je publie souvent… mais je n’ai pas toujours de lecteurs.

Depuis plus de vingt ans, je publie sur le Web des œuvres, des poèmes, des textes, des vidéos et des images. Certaines publications trouvent leurs lecteurs. D’autres demeurent presque invisibles. En cherchant à comprendre pourquoi certaines publications sont vues alors que d’autres passent presque inaperçues, je croyais réfléchir au fonctionnement du monde numérique. Je ne me doutais pas que cette question allait m’amener beaucoup plus loin.

Quand une simple question devient une réflexion

Au départ, ma réflexion était très simple.

Pourquoi certaines publications semblent-elles circuler naturellement, alors que d’autres demeurent presque invisibles malgré tout le soin apporté à leur création ?

Comme beaucoup de personnes qui publient sur le Web, j’ai d’abord cherché des réponses du côté des moteurs de recherche, des réseaux sociaux, des algorithmes et des plateformes numériques. J’ai appris à mieux référencer mes contenus, à travailler les métadonnées et à améliorer leur découvrabilité. Pourtant, malgré tous ces efforts, cette question continuait de me préoccuper. Peu à peu, trois mots sont revenus de plus en plus souvent dans mes lectures et dans mes observations : visibilité, découvrabilité et rencontre.

La visibilité permet qu’un contenu existe dans l’espace public.
La découvrabilité augmente les chances qu’il puisse être trouvé.
Mais une question demeurait.

Que se passe-t-il après ?

Qu’arrive-t-il lorsqu’un texte, une image, une photographie, une vidéo ou une idée devient effectivement visible ? Que se passe-t-il lorsqu’il peut enfin être découvert ?

Pendant longtemps, j’ai pensé que ces deux notions suffisaient à expliquer la circulation des contenus dans le monde numérique. Pourtant, quelque chose me semblait manquer. Une publication peut être visible. Elle peut même être facilement trouvée. Cela ne signifie pas nécessairement qu’elle rejoint réellement quelqu’un.

C’est alors que le troisième mot a commencé à prendre de l’importance.

La rencontre.

Au début, je l’entendais simplement comme le moment où une publication rejoint son lecteur. Une idée assez naturelle, finalement. Mais plus j’observais les parcours de mes propres publications, plus cette notion prenait de l’ampleur.

Ce que des dessins dans des cavernes m’ont appris

Puis, un jour, une image s’est imposée à moi.
Je pensais à ces dessins découverts dans des grottes restées inaccessibles pendant des siècles, parfois pendant des millénaires.
Les dessins existaient depuis toujours.
Les parois rocheuses avaient conservé leurs traces.
Pourtant, pendant tout ce temps, personne ne les regardait plus.
Puis, un jour, des explorateurs redécouvrent ces dessins.
Des archéologues les étudient.
Des chercheurs tentent d’en comprendre le sens.
Des visiteurs les contemplent avec étonnement.

Soudain, ces œuvres recommencent à faire partie de notre histoire.
C’est à ce moment que quelque chose a changé dans ma manière de voir.
Je ne regardais plus seulement le fonctionnement du monde numérique.

Je commençais à me demander si les trois mots qui revenaient sans cesse dans ma réflexion ne décrivaient pas un phénomène beaucoup plus ancien.

Les œuvres de nos ancêtres étaient là.
Elles étaient devenues de nouveau visibles.
Elles avaient été découvertes.
Puis elles avaient rencontré d’autres êtres humains.
Et cette rencontre leur permettait, des milliers d’années plus tard, de recommencer à transmettre quelque chose.

Cette idée est longtemps demeurée une intuition.

Un livre oublié pendant plus d’un demi-siècle

Puis, quelque temps plus tard, une expérience personnelle est venue confirmer cette intuition.

J’ai acheté chez un libraire de livres usagés un recueil de poésie publié plus d’un demi-siècle auparavant.

L’exemplaire était dédicacé. Quelqu’un l’avait reçu lors du lancement du livre, en 1965. Plus d’un demi-siècle plus tard, il avait quitté la bibliothèque de son propriétaire pour se retrouver sur les rayons d’une librairie de livres d’occasion.

En l’ouvrant, j’ai découvert un détail auquel je ne m’attendais pas.
Les pages étaient encore attachées, comme au jour de sa publication. Il fallait les couper dans le haut pour lire le texte. Pendant plus d’un demi-siècle, cet exemplaire était demeuré sur les rayons d’une bibliothèque personnelle sans qu’aucun lecteur n’en ouvre les pages. J’ai été le premier à le lire.

Je suis resté un moment à regarder ce livre.
Il avait traversé le temps.
Il avait changé de propriétaire.
Il avait été conservé avec soin.

Mais, pendant toutes ces années, sa lecture était demeurée en attente.
Ce n’est qu’au moment où quelqu’un en a enfin ouvert les pages que cette œuvre a recommencé à vivre.

Quelques semaines plus tard, j’ai publié sur mon site Internet des extraits de ce recueil afin de le faire découvrir à d’autres lecteurs. En partageant ces textes, je devenais à mon tour un passeur. Une œuvre demeurée silencieuse pendant plus de cinquante ans pouvait désormais rencontrer de nouveaux lecteurs et reprendre sa transmission.

À cet instant, j’ai compris que cette histoire ressemblait beaucoup à celle des œuvres rupestres auxquelles je pensais depuis quelque temps.

La transmission ne dépend pas seulement de l’existence d’une trace. Elle dépend aussi de la possibilité, un jour, d’une rencontre.

Une œuvre peut être conservée pendant des siècles.
Un livre peut demeurer intact pendant plus d’un demi-siècle.
Une publication peut rester accessible sur le Web pendant des années.
Mais, tôt ou tard, il faut qu’un autre être humain les rencontre.
C’est cette rencontre qui remet la transmission en mouvement.

Une même histoire qui traverse le temps

Je me suis alors posé une question très simple.
Et si cette histoire ne concernait pas seulement les dessins dans les cavernes ou ce livre oublié ?
Et si elle décrivait un phénomène beaucoup plus général ?

Depuis toujours, les êtres humains laissent des traces de leur passage.
Une empreinte sur une paroi rocheuse.
Un pétroglyphe.
Un manuscrit.
Une lettre.
Un livre.
Une photographie.
Une œuvre d’art.
Une archive.
Aujourd’hui, une publication sur le Web.

Les supports changent.
Les technologies évoluent.
Mais le geste demeure.

Nous cherchons toujours à transmettre quelque chose.

Une idée.
Une connaissance.
Une émotion.
Une expérience.
Une valeur.
Un souvenir.
Une part de nous-mêmes.

Pendant longtemps, j’avais considéré le monde numérique comme un univers en parallèle.
Je pense aujourd’hui qu’il constitue plutôt le prolongement d’une histoire beaucoup plus ancienne.
Les moteurs de recherche, les plateformes numériques et les intelligences artificielles ne remplacent pas ce processus de transmission.
Ils en deviennent les nouveaux médiateurs.

Une grille de lecture de la transmission

Depuis plusieurs mois, trois mots reviennent constamment dans ma réflexion.

Visibilité

Une trace doit d’abord exister dans le monde.
Elle doit pouvoir être vue.

Découvrabilité

Elle doit ensuite pouvoir être retrouvée.
Parfois immédiatement.
Parfois des siècles plus tard.

Rencontre humaine

Enfin, vient le moment où cette trace rejoint un autre être humain.
C’est à cet instant que la transmission reprend.
Une œuvre, une idée, une connaissance, une valeur, une mémoire ou un témoignage recommence à produire du sens.

Les notions de visibilité et de découvrabilité sont aujourd’hui bien connues dans les domaines des bibliothèques, des archives, de la découvrabilité culturelle et du monde numérique.

Au cours de cette réflexion, j’ai simplement eu l’impression qu’un troisième moment méritait davantage notre attention.

La rencontre humaine.

Non pas la rencontre comprise comme un indicateur d’engagement, de fidélisation ou de performance des plateformes.
Mais la rencontre d’une trace avec un être humain.
Le moment où une œuvre, une idée, une connaissance, une valeur, une mémoire ou un témoignage recommence à produire du sens.

Au fil de cette réflexion, une idée s’est progressivement imposée.

J’ai aujourd’hui le sentiment que cette grille de lecture permet d’éclairer différemment de nombreuses formes de transmission humaine.

Trace → Visibilité → Découvrabilité → Rencontre humaine → Transmission

Depuis toujours, les êtres humains laissent des traces.
Les supports changent.
Les technologies évoluent.
Les médiateurs se transforment.
Mais ce parcours demeure.

Chaque génération ajoute de nouvelles traces à celles qui l’ont précédée.
Les nôtres voyagent aujourd’hui dans les réseaux numériques.
Certaines tomberont dans l’oubli.
D’autres poursuivront leur chemin pendant des décennies, peut-être davantage.
Nous ne savons jamais lesquelles.


Mais une chose semble traverser toute l’histoire humaine.


Sans rencontre humaine, il n’y a que des traces. Avec elle, il y a transmission.

Schéma illustrant le parcours de la transmission humaine : Trace → Visibilité → Découvrabilité → Rencontre humaine → Transmission.

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🌍Pensons culture

Je vous invite à découvrir la série Comprendre la culture d’aujourd’hui, une série de micro-essais consacrés à l’expérience humaine, à la culture contemporaine et au monde en réseau.

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© Gilles Vallée | Artiste Numérique Humaniste, Poète, Sculpteur

Vous laissez déjà des traces dans la culture mondiale

Que restera-t-il de vous dans le futur ?

Illustration représentant la culture mondiale sous forme d'une mosaïque multilingue accompagnée du Marcheur du réseau, symbole des traces humaines, du temps et de la transmission culturelle.

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You Are Already Leaving Traces in Global Culture

Une scène de la vie quotidienne:

Je me connecte.
Je publie une photographie sur le Web.
Comme tout le monde, je regarde si quelqu’un réagit.
Un « J’aime » ?
Un commentaire ?
Un partage ?

Je me demande combien de personnes verront cette publication.

Aujourd’hui ?
Cette semaine ?
Le mois prochain ?

Puis d’autres questions apparaissent:

Dans quelques années ?
Dans quelques décennies ?

Et si cette publication devenait un jour une trace du passé ?

Au moment où je clique sur « Publier », je pense surtout au présent. Mais cette publication pourrait poursuivre son chemin bien après moi, vers des personnes que je ne connaîtrai jamais.

Depuis toujours, les êtres humains cherchent à transmettre une part d’eux-mêmes : une empreinte sur une paroi rocheuse, un pétroglyphe gravé dans la pierre, un manuscrit, un livre, une photographie, une œuvre d’art. Aujourd’hui, une publication sur le Web.

Les technologies changent.
Le besoin humain demeure.

Nous écrivons, nous créons, nous photographions, nous partageons. Le numérique n’a pas inventé ce désir de transmettre. Il est simplement devenu le nouvel espace où cette histoire de la transmission continue de s’écrire.

Toutes les traces ne traversent pas le temps. Beaucoup tomberont dans l’oubli. D’autres voyageront beaucoup plus longtemps que nous l’imaginons. Nous ne savons jamais lesquelles poursuivront leur chemin.

Chaque publication est peut-être une petite part de la mémoire du monde.

Une photographie
Un poème
Une idée
Un témoignage
Une œuvre
Une connaissance

Chaque publication ajoute peut-être un nouveau fragment à la mosaïque de la culture mondiale.

Pour poursuivre leur voyage, ces traces doivent d’abord devenir visibles. Elles doivent ensuite pouvoir être découvertes. Puis, un jour, rencontrer un autre être humain qui leur donnera un nouveau sens.

Depuis toujours, le voyage des traces humaines suit le même chemin :

Visibilité

Découvrabilité

Rencontre

Chaque génération laisse des traces. Les nôtres voyagent dans le réseau.


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© Gilles Vallée | Artiste Numérique Humaniste, Poète, Sculpteur

Les traces humaines dans la culture mondiale

Mémoire, transmission et présence dans un monde en réseau

Graffiti représentant le mot TRACES peint sur un mur urbain vieilli et fissuré, évoquant la mémoire, la transmission et les traces laissées par les êtres humains à travers le temps.

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Human Traces in Global Culture

Le marcheur du réseau, le témoin du réseau

J’observe l’évolution du web depuis le milieu des années 1990. J’ai connu les premiers moteurs de recherche, les débuts des sites personnels, les forums de discussion, les réseaux sociaux, les plateformes numériques, les algorithmes de recommandation et, plus récemment, les intelligences artificielles conversationnelles.

Au fil des années, je suis devenu à la fois un marcheur du réseau, traversant les espaces culturels du web, et un témoin du réseau, observant les transformations de la mémoire, de la transmission et de la présence humaine dans ces environnements en constante évolution.

Malgré les changements technologiques, une chose m’a toujours frappé : les êtres humains continuent de laisser des traces.

J’ai vu des artistes publier des œuvres, des écrivains rédiger des livres, des musiciens enregistrer des albums, des chercheurs partager leurs connaissances et des personnes ordinaires raconter leur vie à travers des photographies, des textes ou des vidéos. Les outils changent, mais le besoin de transmettre quelque chose de soi semble demeurer.

Ces traces prennent aujourd’hui des formes nouvelles, mais elles s’inscrivent dans une histoire beaucoup plus ancienne que le numérique lui-même.

Depuis des dizaines de milliers d’années, les êtres humains cherchent à transmettre quelque chose d’eux-mêmes à travers le temps.

Les premières traces humaines

Il y a des dizaines de milliers d’années, des êtres humains ont laissé leurs mains imprimées sur des parois rocheuses. D’autres ont peint des animaux, gravé des symboles dans la pierre ou raconté des histoires autour du feu.

Ces traces nous parviennent encore aujourd’hui.

Les premières traces humaines prennent la forme d’empreintes, de peintures rupestres, de pétroglyphes, d’objets symboliques et de traditions orales. Bien avant l’écriture, elles témoignent déjà d’un besoin de communiquer, de transmettre des connaissances, de partager des expériences ou simplement de marquer son passage dans le monde.

L’art compte parmi les premières manifestations de cette volonté de transmission. Les peintures rupestres, les sculptures préhistoriques et les symboles gravés sur la pierre constituent autant de tentatives de fixer une présence humaine au-delà de l’instant vécu.

Ces premiers créateurs ne pouvaient évidemment pas imaginer que leurs œuvres seraient encore observées des milliers d’années plus tard. Pourtant, leurs traces continuent aujourd’hui de témoigner de leur existence.

Traces, mémoire et transmission

Les êtres humains ne transmettent pas seulement des informations. Ils transmettent aussi des émotions, des valeurs, des récits, des visions du monde et des expériences vécues.

Les traces deviennent mémoire.

La mémoire permet la transmission.

La transmission permet à une présence humaine de traverser le temps.

Une photographie de famille, un poème, un récit raconté par un grand-parent ou une chanson apprise dans l’enfance peuvent parfois traverser plusieurs générations. Leur valeur ne réside pas seulement dans l’information qu’ils contiennent, mais dans la part d’expérience humaine qu’ils transportent.

L’histoire de la culture humaine peut être lue comme une longue succession de formes de mémoire. Certaines sont matérielles, d’autres immatérielles. Certaines prennent la forme d’objets, d’autres de récits ou de pratiques culturelles. Toutes participent à la construction d’une mémoire collective qui dépasse les individus.

L’art et les grandes formes de mémoire humaine

Au cours de ma vie, j’ai fréquenté de nombreux artistes et plusieurs centres d’artistes. J’ai vu des créateurs consacrer des années, parfois des décennies, à leurs œuvres sans savoir ce qui traverserait le temps.

Certaines réalisations ont disparu.

D’autres continuent d’être vues, lues ou partagées.

Avec le recul, je crois que cette situation dépasse largement le monde de l’art. Elle révèle quelque chose de profondément humain : le désir de transmettre une expérience, de partager une vision du monde et de laisser une trace de son passage.

L’art, la littérature, la musique, l’architecture, les archives et les grandes œuvres culturelles constituent différentes façons de transmettre une part de l’expérience humaine aux générations suivantes.

À travers les siècles, les sociétés humaines ont construit des bibliothèques, conservé des archives, raconté des histoires, composé des chansons et créé des œuvres qui continuent de témoigner de leur existence bien après la disparition de leurs créateurs.

Ces formes de transmission constituent une part importante de ce que nous appelons aujourd’hui la culture.

Une culture mondiale en réseau

Aujourd’hui, cette dynamique prend une dimension nouvelle.

Grâce aux réseaux numériques, une partie importante de la mémoire humaine circule désormais à l’échelle de la planète. Des œuvres, des textes, des photographies, des films, des connaissances et des témoignages deviennent accessibles presque instantanément depuis une multitude d’endroits.

Je peux aujourd’hui consulter des œuvres conservées dans des musées situés à l’autre bout du monde, lire des textes écrits dans d’autres pays ou découvrir des artistes que je n’aurais jamais rencontrés autrement.

La culture mondiale ne remplace pas les cultures locales. Elle crée plutôt un nouvel espace de circulation où des mémoires, des récits et des expériences provenant de régions différentes peuvent entrer en relation.

Cette circulation mondiale ouvre des possibilités extraordinaires, mais elle soulève aussi des questions. Comment préserver la diversité des cultures, des langues et des traditions dans un espace numérique largement partagé ? Comment éviter que certaines mémoires deviennent dominantes alors que d’autres demeurent invisibles ?

La culture mondiale en réseau n’est pas un état achevé. Elle est un processus en constante transformation.

Les traces numériques

Les sites web, les plateformes numériques, les bibliothèques en ligne, les encyclopédies collaboratives et les archives numériques constituent de nouvelles formes de traces humaines.

Les supports changent, mais l’impulsion demeure étonnamment similaire à celle qui animait déjà les premiers créateurs de peintures rupestres.

Dire : « j’étais ici ».

Partager une expérience.

Transmettre un savoir.

Laisser une trace.

Depuis plus de vingt ans, je publie moi-même sur le web des œuvres numériques, des textes poétiques, des photographies et des réflexions sur l’art, la culture et l’expérience humaine.

Avec le temps, j’ai compris que ces publications constituaient elles aussi des traces.

Certaines seront peut-être oubliées.

D’autres continueront peut-être à circuler.

J’ai vu des plateformes disparaître, des technologies devenir obsolètes et des contenus devenir difficiles à retrouver. J’ai aussi vu certaines œuvres ou certains textes continuer à voyager dans le réseau bien après leur publication.

Comme les livres, les photographies ou les œuvres qui les ont précédées, ces traces numériques participent à leur manière à cette longue histoire de la transmission humaine.

Vers une mémoire collective mondiale ?

Cette évolution soulève une question fascinante.

L’humanité est-elle en train de construire une forme de mémoire collective mondiale ?

Des projets comme les bibliothèques numériques, les archives du web, les encyclopédies collaboratives ou les systèmes d’intelligence artificielle donnent accès à une quantité de connaissances sans précédent dans l’histoire humaine.

Pour la première fois, une partie importante des connaissances, des œuvres, des récits et des souvenirs du monde devient accessible à l’échelle de la planète.

Une partie croissante de la mémoire culturelle mondiale devient consultable, interconnectée et partageable.

Cette évolution s’accompagne également d’une forme de transnationalisme culturel. Des œuvres, des récits, des idées et des expériences humaines franchissent désormais les frontières avec une facilité sans précédent. Une photographie publiée dans un pays peut être vue quelques secondes plus tard sur un autre continent. Un poème, une œuvre d’art ou un témoignage peuvent circuler à l’échelle planétaire. Sans effacer les identités locales, cette mise en relation contribue progressivement à la formation d’un espace culturel mondial où les mémoires et les expériences humaines se rencontrent au-delà des frontières nationales.

Cette mémoire collective mondiale ne remplace pas les mémoires locales, familiales ou nationales. Elle les relie dans un ensemble plus vaste où des savoirs, des œuvres et des expériences provenant de contextes très différents peuvent coexister et dialoguer.

Peut-être assistons-nous à l’émergence d’une nouvelle forme de mémoire collective mondiale.

Présence humaine dans le réseau

Mais cette mémoire n’est pas seulement une question de stockage.

La mémoire humaine ne se réduit pas à l’accumulation d’informations.

Les algorithmes peuvent organiser, classer et distribuer des contenus. Ils peuvent également influencer ce qui devient visible, ce qui circule davantage et parfois ce qui risque d’être oublié.

Cependant, le sens demeure une création humaine.

Les souvenirs, les émotions, les récits et les expériences vécues continuent d’appartenir à l’expérience humaine.

La transmission n’est pas seulement un transfert d’informations.

Elle est aussi une relation.

Une présence.

Un dialogue entre des personnes séparées par le temps, la distance ou parfois même par les générations.

Lorsqu’une personne découvre aujourd’hui une photographie ancienne, un poème publié il y a plusieurs décennies ou le témoignage d’un inconnu vivant à l’autre bout du monde, quelque chose de plus qu’une information est transmis. Une expérience humaine entre en relation avec une autre.

Certaines personnes imaginent aujourd’hui que leurs écrits, leurs archives, leurs images, leurs voix ou leurs conversations pourraient un jour contribuer à la création d’avatars conversationnels capables de transmettre une partie de leur mémoire.

Que ces projets se réalisent ou non importe peut-être moins que ce qu’ils révèlent : le désir profondément humain de continuer à transmettre une présence au-delà de sa propre existence.

Mémoire et oubli

Toute mémoire demeure également fragile.

Des langues disparaissent.

Des œuvres sont perdues.

Des archives se détériorent.

Des sites web ferment.

Des plateformes cessent d’exister.

L’oubli accompagne toujours la mémoire.

Les peintures rupestres qui nous sont parvenues représentent probablement une infime partie de celles qui ont été réalisées. De nombreuses bibliothèques ont disparu au cours de l’histoire. Aujourd’hui encore, des millions de pages web deviennent inaccessibles au fil des années.

Nous parlons souvent de la capacité du numérique à conserver les traces. Pourtant, l’environnement numérique possède lui aussi sa fragilité : formats devenus obsolètes, plateformes fermées, liens brisés, contenus effacés ou simplement perdus dans l’immensité du réseau.

C’est peut-être cette fragilité qui donne toute leur valeur aux traces humaines.

Transmettre une présence

Depuis les premières empreintes laissées sur les parois rocheuses jusqu’aux traces numériques qui circulent aujourd’hui dans les réseaux mondiaux, les êtres humains n’ont jamais cessé de transmettre une part d’eux-mêmes à travers le temps.

Les technologies changent.

Les supports changent.

Les formes de transmission évoluent.

Mais le besoin humain de laisser une trace, de partager une expérience et de transmettre une présence demeure.

Peut-être est-ce là l’une des caractéristiques les plus profondes de notre condition : chercher à prolonger un peu de notre présence au-delà de l’instant où nous vivons.

Et dans cette longue histoire des traces humaines, nous participons tous, à notre manière, à la mémoire du monde à venir.

Voir aussi

🟦 Le marcheur du réseau — Traverser la culture mondiale à l’ère algorithmique
Une réflexion sur l’expérience humaine de la culture mondiale dans les réseaux numériques contemporains.

🟦 Vous publiez… mais êtes-vous vraiment vu ?

🟦 Tout le monde utilise l’IA — Art, culture et vie quotidienne dans un monde en réseau
Comment les systèmes algorithmiques participent déjà à la circulation quotidienne des connaissances, des récits et de la culture.

🟦 De l’art numérique humaniste à l’œuvre-site algorithmique
Synthèse des principaux concepts développés dans le corpus de l’art numérique humaniste.

🟦 Œuvre-site algorithmique — Habiter le réseau comme espace artistique
Une réflexion sur le site web comme espace de création, de mémoire et de circulation culturelle.

🟦 L’art numérique humaniste : une pratique artistique globale, poétique et numérique
Comment des œuvres, des textes et des poèmes peuvent circuler à l’échelle mondiale dans le réseau.

🟦 Habiter le réseau — Une nouvelle condition humaine dans la culture mondiale

🟦 La culture mondiale comme mosaïque mouvante

→ Comprendre la culture d’aujourd’hui
Une chronique culturelle composée de micro-essais qui explore l’expérience humaine dans une culture mondiale en réseau.

Mot « TRACES » peint en noir dans un style graffiti sur fond blanc. / The word “TRACES” painted in black graffiti style on a white background.

🌍Pensons culture

Je vous invite à découvrir la série Comprendre la culture d’aujourd’hui, une série de micro-essais consacrés à l’expérience humaine, à la culture contemporaine et au monde en réseau.

→ Voir la série Comprendre la culture d’aujourd’hui


© Gilles Vallée | Artiste Numérique Humaniste, Poète, Sculpteur