De la naissance de la lumière : Art sacré, poésie, sculpture et art numérique

Quand l’art, la lumière et la poésie se rencontrent pour faire naître un éclat suspendu entre sacré et art contemporain.

Une silhouette d'homme en noir avec des rayons lumineux - le titre écrit sur la silhouette

Cet article fait partie de la série
Poésie visuelle & écritures numériques
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De la naissance de la lumière est un projet artistique multidisciplinaire né en 2012, lorsque le Centre de créativité du Gesù m’a invité à créer une crèche de Noël contemporaine. L’installation, présentée dans l’église, alliait sculpture, diaporamas numériques et mise en espace, en dialogue avec le lieu liturgique.

Treize ans plus tard, en 2025, ce projet a trouvé de nouveaux échos : un poème, des dessins et des estampes numériques ont vu le jour, inspirés par une photographie prise dans le transept nord lors du montage initial. Ce texte retrace la genèse de l’installation, les réactions qu’elle a suscitées, et les prolongements visuels et poétiques qui en ont découlé.

Avec le recul, De la naissance de la lumière peut aujourd’hui être relu comme une œuvre préfigurant ma démarche d’art numérique humaniste, où la technologie, la poésie et la lumière demeurent au service de l’expérience humaine, de la mémoire et du sens.

Cet article propose une traversée entre poésie, art sacré et création contemporaine, à partir d’une œuvre qui s’est transformée au fil du temps. Il s’inscrit dans une réflexion plus large sur la place de l’art, de la mémoire et de la lumière dans l’expérience humaine.

Ce projet peut également être compris comme une forme de poésie visuelle numérique, où texte, image, lumière et mémoire se déploient à travers différents médiums.

Une œuvre multidisciplinaire entre art sacré, poésie visuelle et expérimentation contemporaine

Le poème:

De la naissance de la Lumière

De là où naît la lumière
lueurs de corps
des figures du reflet
des lampions brûlent
des cierges se consument
l’orgue crie son souffle
lieu sacré de l’espérance

De là où naît la lumière
en porte-à-faux du sombre,
des lumineux s’impriment
dans les tissus de linceuls

De là naît l’origine …
le commencement

La lumière comme origine

Dans ce poème, la lumière apparaît comme un point de passage entre le visible et l’invisible. Elle devient à la fois présence, mémoire et transformation, au cœur d’une expérience sensible et spirituelle.

De la naissance de la lumière : une installation sculpturale au Gesù

Origine du projet

En 2012, j’ai été invité par la directrice du Centre de créativité du Gesù, à Montréal, à concevoir une crèche de Noël pour l’église. Une proposition à la fois stimulante et exigeante : comment créer une œuvre contemporaine sur un thème vieux de deux millénaires ? Comment aborder une iconographie aussi chargée d’histoire pour tenter d’y insuffler un regard neuf ? Comment aborder le sacré avec de l’art contemporain ?

Intention artistique

J’ai choisi de travailler à partir du thème de la lumière, en développant l’installation sur deux niveaux de lecture :

  • Pour les catholiques : une crèche contemporaine symbolisant la naissance de l’enfant porteur de lumière.
  • Pour tous les autres : une œuvre artistique actuelle, peuplée de personnages futuristes et enrichie d’un univers visuel numérique.

Composantes de l’installation

L’installation comprenait douze figures en plâtre, agrémentées de bijoux, de métaux et de tissus. Leurs visages, blancs et presque anonymes, évoquaient la foule en attente — cette humanité guettant l’émergence de la lumière.

Leurs corps étaient composés de trépieds de photographie, apportant une touche contemporaine et délibérément non réaliste. Ce choix plaçait l’accent sur les têtes, sur la dimension symbolique, plus que sur la représentation corporelle.

L’œuvre intégrait également des diaporamas diffusés sur des écrans : des images numériques créées à partir de photographies, d’interventions infographiques, de logiciels d’imagerie et de sculpture numérique 3D. Ces projections prenaient la forme de « graffitis lumineux » et de sculptures virtuelles.

L’installation était évolutive : chaque semaine, je déplaçais les personnages, comme dans une chorégraphie silencieuse et j’ajoutais de nouvelles sources de lumière. La forme finale de l’installation a été faite de jour de Noël.

Réalisation et collaboration

Le montage dans l’église du Gesù fut un moment fort de ma carrière. J’ai eu le privilège de collaborer avec l’artiste Stella Pace, alors responsable de l’accompagnement technique des artistes invités. Stella, artiste multidisciplinaire remarquable, m’a non seulement épaulé dans la réalisation, mais elle a aussi profondément marqué mon parcours. Nos longues conversations m’ont permis de dépasser le syndrome de l’imposteur qui me tracassait alors. Parfois, la vie place les bonnes personnes sur notre route, au bon moment.

C’était la troisième fois que j’intervenais au Gesù. J’y avais déjà présenté une exposition solo, Les âmes souffrantes – La maladie mentale, ainsi qu’une sculpture intégrée à la collection permanente : Calvaire et Espérance. Avec De la naissance de la lumière, j’étais une fois de plus habité par le désir de créer dans le respect du lieu, de son histoire et des personnes qui le fréquentent.

Le lieu : le Gesù

Situé au cœur du centre-ville de Montréal, le Gesù est à la fois une église, un lieu de culte actif et un centre de créativité. Anciennement rattaché au Collège Sainte-Marie, premier établissement d’enseignement jésuite à Montréal, il a vu passer plusieurs figures marquantes de la culture québécoise. Le poète Émile Nelligan y a étudié, tout comme l’écrivain Hubert Aquin.

Aujourd’hui, le Gesù continue d’accueillir des expositions, des concerts et des créations artistiques contemporaines, dans un esprit de dialogue entre spiritualité, culture et art. C’est dans ce lieu chargé d’histoire et de sens que l’installation De la naissance de la lumière a été présentée, en dialogue avec l’espace liturgique et la mémoire collective.

Réception – Réactions et controverse

Présentée dans l’église du 2 décembre 2012 au 7 janvier 2013, l’installation a suscité une large gamme de réactions. Plusieurs visiteurs ont salué une approche contemporaine audacieuse. D’autres, au contraire, l’ont rejetée violemment.

Malgré le soin que j’ai pris pour honorer l’esprit du lieu, certaines réactions m’ont surpris par leur intensité. Des discussions avec des Jésuites m’ont aidé à faire face à cette réception contrastée. Sur le web, certains ont accusé l’installation de rendre hommage à Lucifer et aux Illuminati. Deux personnes ont même fait des crises en plein cœur de l’église, persuadées d’y voir le diable… Il a fallu les expulser…

Cette expérience m’a rappelé une vérité essentielle : l’artiste propose, mais chaque spectateur interprète selon son propre vécu, ses croyances, son état intérieur. L’œuvre devient alors un miroir, parfois paisible, parfois dérangeant.

Quelques photos de l’installation

Affiche - installation De la naissance de la lumière - Gesù, l'image montre des personnage de la crèche
Affiche – installation De la naissance de la lumière – Gesù,
Photo montrant des personnages surréalistes de l'installation dans le transept nord de l'église du Gesu
De la naissance de la Lumière – Installation sculpturale – transept nord du Gesu
Photo du transept nord de l'église du Gesu avec une vue d'ensemble de l'installation et des sources de lumière
Vue de l’installation dans le transept nord du Gesu
Image montrant des personnages surréalistes sur fond noir
Des personnages de l’installation De la naissance de la lumière

Quelques images des diaporamas

Graffitis lumineux créés a partir de sources lumineuses dans l'église - sur fond noir
Graffitis lumineux créés à partir de sources lumineuses dans l’église
Sculpture virtuelle créée avec un logiciel de création en 3D - image numérique
Sculpture virtuelle créée avec un logiciel de création en 3D
Graffitis lumineux et une sculpture virtuelle sur un fond noir
Graffitis lumineux et sculpture virtuelle

Là où naît la lumière : un reflet devenu vision

Avant de commencer le montage de l’installation dans l’église du Gesù, je m’y suis rendu à plusieurs reprises pour observer l’espace et planifier l’intervention. Lors d’une de ces visites, j’ai pris plusieurs photos du transept nord. L’une d’elles m’a profondément surpris : malgré la faible luminosité ambiante, un reflet lumineux intense est apparu sur l’image.

Ce qui m’a frappé, ce n’est pas seulement cette lumière inattendue dans une atmosphère presque obscure, mais la forme qu’elle semblait dessiner. Dans cette tache lumineuse, un personnage m’est apparu. Était-ce une simple paréidolie — ce phénomène où l’œil humain devine des formes familières dans le flou ou l’abstrait ?

Curieux de valider ma perception, j’ai montré la photo à un ami artiste. Avant même que je ne dise quoi que ce soit, il s’est exclamé : « C’est un spectre ! ». Lui aussi avait perçu une présence humaine, sans que je ne l’influence de quelque manière.

J’ai conservé cette image pendant plus de treize ans. Elle continue de m’intriguer, comme un fragment de mystère suspendu dans le temps. En 2025, j’ai décidé de revenir à cette vision, de l’interpréter à travers une série de dessins et d’estampes numériques. C’est ainsi qu’est né un nouveau corpus intitulé : Là où naît la lumière.

Photos du reflet lumineux

Photo du reflet lumineux au Gesu
Photo du reflet lumineux au Gesu
Photo du reflet lumineux au Gesu - Agrandissement
Photo du reflet lumineux au Gesu – Agrandissement

Là où naît la lumière; les dessins

Dessin en noir et blanc montrant un personnage avec un chapeau
Là où naît la lumière – Dessin 1 (dessin sur papier avec fusain, gouache, pastel, encre, acrylique, craie et crayons)
Dessin avec un visage entouré de cercles de couleur
Là où naît la lumière – Dessin 2 (dessin sur papier avec fusain, gouache, pastel, encre, acrylique, craie et crayons)

Là où naît la lumière; les estampes numériques

Estampe numérique avec un personnage en noir et blanc et des rayons de lumière
Là où naît la lumière – Estampe numérique 1
Des rayons lumineux et une forme humaine dans la lumière
Là où naît la lumière – Estampe numérique 2

Une autre histoire de lumière

En décembre 2012, la journaliste Chantal L’Heureux, du Magazine Radio In Situ, est venue me rencontrer pour réaliser un article sur l’installation De la naissance de la lumière. Afin d’illustrer son reportage, elle m’a photographié devant deux sculptures et un écran qui diffusait un des diaporamas de l’exposition.

Au moment précis où elle a appuyé sur le déclencheur, un employé du Centre de créativité du Gesù a éteint les lumières de l’église — sans le savoir, il venait de transformer cette prise de vue en une image singulière et énigmatique.

C’est lors de la publication de cette photo que la controverse a éclaté. Une personne, sans doute influencée par l’ambiance dramatique de l’image, a commencé à présenter l’installation comme un hommage à Lucifer et aux Illuminati. Ce fut le début d’une série d’interprétations étonnantes — et troublantes — autour de l’œuvre. Voici cette photo:

Gilles Vallée devant son installation "De la naissance de la lumière", église du Gesù, 2012.
Gilles Vallée devant l’installation De la naissance de la lumière, Gesù, 2012 – Photo : Chantal L’Heureux

Et si la lumière ne naissait pas là où on l’attend ?

Créer dans un lieu chargé d’histoire, avec ses rituels, ses attentes, ses croyances, m’a confronté à l’essence même de l’acte artistique : proposer une vision, tout en acceptant qu’elle nous échappe dès qu’elle rencontre le regard de l’autre.
Treize ans plus tard, De la naissance de la lumière continue d’émettre ses reflets, à travers mes souvenirs, mes dessins, mes estampes numériques et mes poèmes. Elle m’accompagne, comme un éclat ancien dont la source est peut-être plus proche que je ne le croyais : quelque part en moi.

Art numérique humaniste et mémoire de l’œuvre

Cette œuvre peut aujourd’hui être relue à travers ma démarche en art numérique humaniste, où les créations se prolongent dans le temps, se transforment et circulent entre différents médiums.

De l’installation physique à l’image numérique, puis au poème, l’œuvre devient une mémoire vivante.

L’œuvre ne se limite plus à un lieu ni à un moment : elle se prolonge dans le temps, dans la mémoire et dans le réseau.

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→ Haïkus contemporains — poésie brève et minimaliste

Ces séries constituent différentes formes d’une même recherche : comprendre, ressentir et exprimer l’expérience humaine dans le monde contemporain.

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Gilles Vallée | Artiste Numérique Humaniste, Poète, Sculpteur

Pour situer cette démarche dans son cadre théorique et évolutif :

→ Art numérique humaniste — Corpus et développements

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