Découvrez le poème Le cadre de porte, une immersion poétique dans la maladie d’Alzheimer, explorant la mémoire, l’oubli et la désintégration de l’identité à travers l’écriture et l’image.

Cet article fait partie de la série
L’expérience humaine – Une série de poèmes sur la condition humaine
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Mémoire, oubli et disparition de l’identité
Dans ce poème, je témoigne de ma première rencontre avec la maladie d’Alzheimer, incarnée par un homme dans la cinquantaine, emporté trop tôt. À travers des images de fixation sur un cadre de porte et de silence envahissant, j’exprime la douleur de voir un être cher se désagréger sous le poids de l’oubli. C’est une plongée dans la déchéance cognitive, une marche funèbre sans fin, où la poésie devient un exutoire face à l’indicible.
Ce poème s’inscrit dans ma démarche d’art numérique humaniste, où l’écriture et l’image deviennent des lieux de présence, de mémoire et de témoignage face à l’effacement de l’expérience humaine. Il participe également à une démarche de poésie humaniste québécoise, où l’écriture devient un lieu de mémoire, de présence et de résistance douce face à l’effacement.
Ce texte s’inscrit dans une réflexion plus large sur la mémoire, la perte et la fragilité humaine, que j’explore à travers plusieurs poèmes et œuvres sculpturales.
Le cadre de porte
Il fixe le cadre de porte
fixe le cadre de porte
Il est debout devant
le cadre de porte
Une heure de temps
Une maladie dégénérative
l’emporte
Je marchais dans les rues de ville
pour revoir un ami détruit
dans ses ruines.
Je marchais sans le savoir
vers les ailes du charognard
mangeur de souvenance.
Un rendez-vous avec la démence.
Le père de mon ami détruit
me présente la maladie.
Des yeux de détresse
et de brouillard se baladent
sur les meubles et sur les murs.
Des objets religieux épinglés
entre deux rivages,
pour garder courage.
J’observais un esprit
de ratures et de ruptures.
J’étais témoin de la dislocation
de l’être implosé,
désarticulé dans sa démesure.
Il parlait en brume de mots
et de murmures.
Il fixe le cadre de porte
Fixe toujours le cadre de porte
Se fond dans le cadre de porte
On ne veut pas voir.
La douleur. La peur.
On détourne le regard.
La régression danse dans le salon.
Le décor avale ma stupéfaction;
je m’engloutis sous la tapisserie.
Nous étions tristes; si tristes…
Fulgurance; Déchéance,
Tout effacer, Déprogrammer.
L’oubliance comme finalité.
Des cassures,
des brisures dans l’éphémère.
La lucidité de brefs
moments périssables.
Il entendait le silence
s’emmurer autour de lui.
L’écorché sur les éraflures
du verni jauni; sur le bois fendillé
des moulures.
L’impossibilité de maîtriser
les craquelures sur la patine
corrosive de la maladie,
de sa vie.
Le temps charogne les présents
qui seront les passés à oublier
de l’avenir.
Il fixe le cadre; le cadre le fixe.
Se décompose dans l’embrasure.
Se prépare sans le savoir
à s’éteindre d’usure.
Nous étions tristes; si tristes…
face à cette musique
sans mesure,
sans métrique,
cette marche funèbre
sans fin et vitriolique.
Contexte
J’ai croisé plusieurs personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et de démence. Ce poème évoque l’une d’elles : un homme dans la cinquantaine, emporté trop vite. Ce fut mon premier contact avec la maladie.
En 2012, alors que j’étais aidant naturel pour un ami de la famille atteint d’Alzheimer, j’ai créé une série de sculptures sur ce thème; ces œuvres ont été exposées dans divers lieux de diffusion. Ces dernières années, j’ai également écrit plusieurs poèmes abordant cette réalité, une poésie sociale qui témoigne de l’expérience humaine et, malheureusement, la maladie d’Alzheimer en fait partie.
Cette expérience a profondément marqué mon travail artistique, notamment à travers une série de sculptures et plusieurs poèmes explorant la mémoire et l’effacement.
Art numérique humaniste et mémoire fragilisée
Ce poème s’inscrit dans ma démarche en art numérique humaniste, où l’écriture et l’image deviennent des espaces de mémoire, de présence et de témoignage face à l’effacement de l’expérience humaine.
Dans le réseau, ces mots agissent comme des traces sensibles, préservant ce qui tend à disparaître.
🔹 Explorer autour de la mémoire et de l’oubli
→ Cartographie de la démence — fragmentation de la mémoire
→ Le Maelstrom : l’entre-deux — confusion et perte de repères
🔹 Prolonger cette exploration
→ Sculptures Alzheimer — mémoire et fragilité humaine
🔹 Dans le cadre de la série
→ L’expérience humaine — série de poèmes sur la condition humaine
🔹 Démarche artistique
→ Art numérique humaniste — corpus et développements
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Gilles Vallée | Artiste Numérique Humaniste, Poète, Sculpteur
